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E. Libraire - L’espace du cœur

Publié le par DC

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La plupart des cultures traditionnelles s’accordent pour décrire en l’homme, de façon quelquefois très imagée, un certain nombre de « centres », de « plans », de « lieux » censés fonctionner en synergie et de façon équilibrée, pour lui permettre de transcender sa condition initiale, caractérisée par la souffrance et l’incomplétude. La tradition indienne, si soucieuse d’établir un Ordre à partir du Chaos primordial, est à l’origine d’une théorie extrêmement complexe qui sert de fondement aux voies du Yoga et qui fait du corps un champ d’investigation d’une richesse infinie : elle définit l’être incarné comme composé de différents « corps » ou « fourreaux » successifs (sharira) représentatifs des différents niveaux de fonctionnement de l’humain (physique, énergétique, émotionnel et intellectuel) et organisés autour d’un centre où siège la Conscience. Cette même « physiologie mystique » décrit un certain nombre de cakra (roues, cercles) interdépendants, assimilables à des « niveaux d’être ». La voie du Yoga offre de nombreuses techniques « d’ouverture de conscience » et de purification permettant de les transcender. L’être, ainsi métamorphosé, peut alors accéder à l’expérience de cette Conscience suprême et infinie.
Un des drames de l’homme contemporain, provient de ce que cet ordonnancement subtil est mis en déséquilibre, voire en rupture ; le dysfonctionnement qui s’ensuit engendre alors toutes sortes de désordres tant sur le plan du microcosme humain que sur celui du macrocosme dans lequel s’inscrit l’Univers tout entier.
En effet, deux pôles prennent aujourd’hui une place prépondérante au détriment des autres : l’un, relié aux valeurs matérielles de la vie conduit l’homme moderne à surestimer le rôle du corps, à une simple enveloppe charnelle et à privilégier « l’avoir » sur l’« être » ; l’autre valorise l’activité hyper-rationnalisante du cerveau et accentue les tendances de notre mental à la dispersion. Le subtil équilibre qui permet à l’être de s’exprimer harmonieusement dans toutes ses dimensions (physique, émotionnelle, intellectuelle et spirituelle) est rompu et, dans bien des cas, les possibilités d’évolution vers plus de plénitude s’en trouvent oblitérées.
Entre les deux, le cœur est devenu un lieu d’« appoint », confiné à son rôle de simple réceptacle des activités sentimentales, symbole de l’amour profane, de l’amitié et de la droiture …
Mais la nostalgie est là, de plus en plus intense, qui pousse bien des êtres, conscients de ce déséquilibre et des souffrances qu’il engendre, à retrouver les valeurs oubliées, à redynamiser cette partie d’eux-mêmes laissée dans l’ombre, à explorer leur dimension d’intériorité et réhabiliter le cœur en tant que siège de la connaissance, de l’intelligence, de la sagesse, de la vie affective ...
Cependant, le chemin est long et ardu. Il nécessite beaucoup de temps, de patience, de réflexion et un désir très fort d’abandonner le superflu pour laisser place à l’Essentiel [...] et redonner à ce centre, intermédiaire entre le plan vital et le plan intellectuel sa valeur de lieu « crucial », situé à la croisée des valeurs symboliques de l’horizontalité et de la verticalité et, ainsi, éclairer nos lecteurs sur les moyens de se relier à la source de lumière qui occupe l’espace du cœur.

Elisabeth Libraire
Revue Française de Yoga – Janvier 1992

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N. Merlette - Vous me parliez d'éveil ?

Publié le par DC

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TOUT COMMENCE  par le corps et dans le corps.

Il n’y a pas d’autre chemin.
Tout commence par la détente, précieuse, pour câliner le corps, pour le ressentir. La détente, pour plus de conscience du corps, pour mieux observer et voir.
Voir, ressentir, percevoir, sentir la vie en nous.

 

Vous me parliez d’éveil ?
 

Vous me parlez de l’esprit, ne l’opposez pas à la matière.

Vous me parlez du spirituel, ne l’opposez pas au sensoriel.

Vous me parlez de l’intérieur, ne l’opposez pas à l’extérieur.

Écoutons le corps profondément, attentivement. La vie est sensorielle, sans notre corps, on est rien ; avec lui, nous pouvons être tout.

Le corps sacré, total, entier (cerveau, tripes, imagination, humeurs, paroles, digestion, rêves, douleurs etc.).

Le tout qui forme l’un, le tout important, le tout possible à observer, le tout qui se cache, le tout dont on s’évade, le tout qui crie, le tout qui ne cède pas. Le tout dans le corps. Le corps messager et support du tout.

Le corps à respecter, à honorer comme écrin du tout.

Tout commence par le corps. Il n’y a pas d’autre chemin.

Que les sens deviennent conscience aiguë : voir, sentir, goûter, écouter, toucher.

Que toute la sensorialité devienne conscience : ressentir le corps, les mouvements, les pensées, les désirs, les émotions, le souffle.

Tout commence par le corps, où s’écoule la vie.

Seule une connaissance sensorielle peut nous ouvrir la porte du subtil.

Seule l’acuité sensorielle dans tous les instants de la vie peut nous ouvrir la porte du bonheur. On ne peut comprendre sans sentir, entendre, goûter, voir, toucher.

Seul compte ce que vous avez vous-même pu ressentir, vous-même vu.

Percevoir avec la peau, l’œil, la langue, le nez, les oreilles, c’est se connecter avec les choses, c’est communiquer.

Recevoir les odeurs, le goût, la forme, le toucher, les sons, c’est nous relier à l’univers.

La sensorialité seule nous suggère l’invisible, nous sommes une part du tout.

Alors, donnons-nous à la détente et pas à pas, apprenons à toucher la vie.

 

Vous me parliez d’éveil ?
 

Tout commence par le corps.

 

Nadine Merlette
Revue Yoga Energie – Janvier 2000

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Y. Tardan Masquelier - Etre debout, marcher

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Ton chemin, voyageur, ce sont tes foulées et rien de plus …
C’est en marchant qu’on trace son chemin.

Antonio Machado

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La position debout et la marche font à la fois figure de conquête la plus éblouissante de l’évolution collective et de défi pour chacun d’entre nous.
Cette invention de la verticalité a à elle seule déclenché un ensemble de modifications aux conséquences incalculables : libération des membres supérieurs, vision lointaine dans toutes les directions ou presque, capacité d’articulation de sons organisés en un langage ne sont que les plus spectaculaires de ces acquisitions. C’est tout un rapport inédit au monde et à l’autre qui a dû s’instaurer. Ce que nous appelons « homme » est capable de se tenir debout et de se mouvoir à son gré ; de se sentir solidaire de la terre tout en ayant « la tête dans les étoiles » ; d’aller vers autrui pour lui offrir la guerre ou la paix, l’affrontement ou le dialogue, le mépris ou la reconnaissance. Etre debout et marcher constituent la fine pointe d’une évolution qui porte vers toujours plus d’autonomie, avec la part de choix qu’elle implique.
La posture debout et la marche représentent aussi un étonnant défi pour chacun. On ne réfléchit pas souvent au fait qu’elles supposent un équilibre extrêmement subtil et un travail de perfectionnement. Obtenues, à l’état spontané, grâce à une série de compensations plus ou moins réussies où s’inscrivent les histoires individuelles et leurs adaptations, elles demeurent souvent imparfaites, sources de douleurs dorsales ou de fatigue. Il faut beaucoup de compromis, conscients ou inconscients, pour trouver une harmonie à partir de supports aussi improbables que deux étroites plantes de pied ! Et pourtant, c’est là ce que, chaque jour, nous faisons tous tant bien que mal !
Le yoga propose de jeter un regard neuf sur un tel défi. Il part du constat qu’en ce domaine, comme en bien d’autres, nous ne savons pas nous tenir correctement, c'est-à-dire avec fermeté, rectitude et en même temps, sans effort. Avant tout changement, il suggère d’observer les habitudes qui produisent à la longue les tensions douloureuses, les usures prématurées de certains segments charnières des mouvements les plus fréquents. Il attire l’attention sur cette construction fragile qu’est la verticalité, cet empilement de structures hétérogènes. Il nous rend modeste : si se tenir debout et marcher est la magnifique conquête de l’espèce humaine, il reste beaucoup à faire pour la mener à son terme, c'est-à-dire accéder à une authentique verticalité. D’une certaine manière, elle reste encore à l’état de promesse ou de programme. A partir de ce constat, le yoga présente un certain nombre d’exercices qui concernent à la fois les pieds et les jambes, la colonne vertébrale, l’ouverture des deux ceintures - pelvienne et scapulaire -, l’allongement de la musculature dorsale et la tonification de la musculature antérieure.
Pour le yoga, l’homme vertical se situe dans une attitude médiatrice entre ce que représentent les pôles terrestre et céleste. Canal entre des vecteurs d’orientations contraires, l’homme vertical doit en faire des forces complémentaires, prenant conscience, en lui-même, de leurs orientations pour les unifier en son centre. Il devient un microcosme mobile autour de son axe, la colonne vertébrale. Et la respiration consciente accompagne une recherche d’unification des dualités, représentées par l’inspir et expir.

Ysé Tardan Masquelier
Revue Française de Yoga – Juillet  2005

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A. Machado - Le chemin du voyageur

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Ton chemin, voyageur, ce sont tes foulées,
et rien de plus.

Voyageur, il n’y a pas de chemin,
un chemin se fait en marchant.
C’est en marchant qu’on trace son chemin,
et en se tournant, jetant un regard en arrière,
on voit la piste que jamais plus,
on aura à fouler une deuxième fois.

Voyageur, il n’y a pas de chemin,
si ce n’est le sillage dans la mer.

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Tout passe et tout reste,
mais notre destin est de passer,
passer en traçant des routes,
des routes sur la mer.

Je n’ai jamais recherché la gloire,
ni cherché à laisser ma chanson
dans la mémoire des hommes.
J’aime les mondes subtils,
légers et aimables,
comme des bulles de savon.

Il me plait de les voir se colorer
de soleil de rouge, de s’envoler,
sous le ciel bleu, de trembler
subitement et de se briser.

  

Je n’ai jamais recherché la gloire…
Ton chemin, voyageur,
ce sont tes foulées, et rien de plus ;
voyageur, il n’y a pas de chem
in,
un chemin se fait en marchant.

C’est en marchant qu’on trace son chemin,
et en se tournant, jetant un regard en arrière,
on voit la piste que jamais plus,
on aura à fouler une deuxième fois.

MG 4746

Voyageur, il n’y a pas de chemin,
si ce n’est le sillage dans la mer.

Antonio Machado
Dans Le corps médiateur
Revue Française de Yoga – Janvier 2006

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I. Morin Larbey - La posture debout : quelle aventure !

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L’évolution de l’espèce humaine se cristallise autour de la bipédie. Plusieurs théories s’accordent pour attribuer son origine à un changement environnemental.
Les conséquences de ce redressement se traduisent physiologiquement. La posture debout, en yoga, s’inscrit dans cette perspective historique. Mais qu'est-ce au juste que se tenir debout ? Depuis combien d'années nous sommes-nous redressés ? Quelles en ont été les conséquences physiques, psychologiques, spirituelles ? Dans ce redressement, nous nous tenons au centre même de notre évolution, témoins vivants, si j'ose dire, de cette mutation de l'espèce humaine, conscients des changements passés et à venir, inéluctables. En sachant qu'en yoga l'usage dans certaines lignées comme celle de Madras est de commencer la pratique en étant justement debout, l'envie m'est venue de faire un détour par nos ancêtres, d'aller voir du côté des spécialistes et de ce qu'ils ont à dire des différences entre le corps de l'homme préhistorique et celui de l'homme moderne. La bipédie est au centre du débat.

NOS PREMIERS PAS PRÉHISTORIQUES

Il semblerait, selon les dernières recherches, que nous ayons partagé avec les grands singes africains un dernier ancêtre commun, dont on cherche toujours la trace. Une des hypothèses les plus couramment admise fait état d'évènements climatiques et géologiques se produisant en Afrique entre huit et six millions d'années. Un fossé d'effondrement creuse le continent depuis le nord de l'Éthiopie jusqu'au lac Malawi, au sud. Cela a pour conséquence l'élévation des contreforts du Rift qui va faire barrière géographique. Le climat change, les pluies venues de l'ouest sont retenues par cette barrière, il pleut moins à l'est, des plantes herbeuses se développent et la savane s'installe. C'est la théorie d'Yves Coppens, connue sous le nom d'East Side Story. D'après lui c'est dans ce contexte que les homininés, notre lignée, émergent, alors que les paninés, sous famille de grands singes africains et groupe frère des homininés comprenant les chimpanzés, les bonobos et les gorilles, restent à l'ouest du Rift. La bipédie plus élaborée est liée à ce nouvel environnement. Elle est acquise alors pour favoriser les déplacements, voir plus loin et détecter les dangers.

L'arbre est toujours là, mais les grandes forêts ne sont plus l'habitat quotidien. La marche s'impose mais, nous le verrons, la course aussi. De proie, l'homme deviendra prédateur. Pour un autre spécialiste, Pascal Picq (paléoanthropologue maître de conférence au Collège de France) la bipédie, l'outil, la chasse sont des caractéristiques qui existent chez notre dernier ancêtre commun: « Elles apparaissent dans le monde des forêts et sont sélectionnées par la suite dans le contexte des savanes arborées. Ces aptitudes comportementales sont présentes chez des hominidés ancestraux vivant dans les forêts. L'aptitude à se redresser sur les deux jambes fait partie du répertoire locomoteur des grands singes hominoïdes depuis plus de dix millions d'années. Cette marche bipède a été sélectionnée comme une adaptation avantageuse pour la survie de l'espèce lors de ces changements d'environnement comme l'East Side Story. En fait, l'environnement ne crée rien mais sélectionne. »(…)

Les différences et les spécificités du squelette et de la musculature de l'homme moderne, l'Homo sapiens, découlent de la bipédie permanente et spécialisée qui s'est répercutée sur la forme du pied, des membres inférieurs, du bassin, du tronc et sur la position de la tête.

« La colonne vertébrale est un peu comme un ressort à ruban, explique Dominique Gommery - chargée de recherche à l'unité de dynamique et évolution humaine du CNRS - les courbures des segments cervicaux, thoraciques et lombaires rendent la colonne plus élastique et plus résistante à la compression. » C'est indispensable pour amortir les chocs quand le talon frappe le sol.

Prenons la colonne vertébrale et distinguons les caractéristiques propres à l'humain : les vertèbres lombaires sont plus nombreuses et plus larges que chez les grands singes, et leurs apophyses transverses donnent une base solide aux muscles impliqués dans la stabilisation du tronc. Les vertèbres soudées du sacrum et du coccyx sont larges et cette partie vient s'insérer sur un bassin plus trapu. D'où une ceinture pelvienne renforcée. Mais pourquoi? Voici ce qu'en dit Christine Berge, directrice de recherche au laboratoire Etudes et adaptation des systèmes ostéo-musculaires au Muséum d'histoire naturelle: « L'ennemi numéro un d'un mode de locomotion où l'on élève son centre de gravité à presque un mètre du sol, c'est la gravité. Dès lors, le but c'est d'avoir un bassin le plus ramassé possible pour limiter les mouvements cisaillant sur les articulations. Dans la course, il est l'élément clé de la stabilisation. Sa forme qui traduit l'adaptation au poids du corps, a cependant rendu plus difficile l'accouchement qui fait s'enchaîner la rotation puis la flexion du nouveau-né. En quelque sorte, nous avons acquis la spécialisation envers et contre tout. » (…)

Les australopithèques disparaissent à cause d'un assèchement de leur environnement autour de 2,5 millions d'années. Et nous voilà avec une multiplicité d'autres homininés, pour arriver au seuil de notre espèce d'homme moderne. Depuis trente mille ans, il ne reste plus qu'une seule espèce d'homme, installée sur la planète. Son adaptation est liée à sa culture et à ses moyens techniques. Homo sapiens est le dernier représentant de cette très longue histoire évolutive. Notre morphologie et notre squelette sont plus fins que ceux de nos ancêtres, et « nous sommes uniques parce que nous sommes seuls », écrit Pascal Picq.

Forts de cette remontée dans le temps et de cette visite de courtoisie à nos vieux parents, la posture debout, en yoga, prend toute sa dimension, et même une dimension singulière: repère dans le temps, dans l'espace, affirmation d'une présence au monde et d'une vigilance à l'instant.

Elle permet l'immobilité mais prépare et autorise la mise en mouvement, la mise en marche en confiance et conscience vers l'autre, l'inconnu. Le souffle est là... fil ténu parfois mais tenu.


Isabelle MORIN-LARBEY
Revue Française de Yoga - Juillet 2005

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C. Berthelet Lorelle - Le yoga au quotidien, un souffle pour la paix

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La politesse, la courtoisie, le tact ou l’attention sont bien moins superflus qu’ils n’y paraissent en société. Leur ignorance est rarement un simple oubli. Elle fait violence à autrui et révèle un repli égoïste qui aide à refouler ses propres problèmes au lieu de les affronter. « Éclairant comme un phare le processus de cette discipline, les cinq principes des yama (Y. S. II. 30) font du yoga une recherche constante de l'altérité la plus juste. Certains dédaignent cette dimension, croyant la réserver aux mystiques ou aux ascètes, en reléguant sa pertinence au rang des accessoires, mais force est de constater qu'elle figure au sommet de l'Ashtânga-yoga. Rien n'est moins secondaire que cette exigence, si l'on en juge à la priorité qui lui est faite. Elle préside donc au processus du yoga qui s'avère de ce fait, et avant tout, une position morale, sa condition a priori. En d'autres termes, aux dires de Patanjali, l'attention à autrui est de l'ordre d'un devoir, la nécessité préalable à l'état de yoga, son signe même. Convenir de cela, c'est reconnaître à cette discipline un idéal de fraternité, non plus seulement l'unique vecteur de l'ascèse corporelle qui y conduit (âsana-prânâyâma), mais la bienséance nécessaire à des relations courtoises et vraies. Nous sommes là dans le champ spirituel d'une attitude à l'égard du monde. Mais, comme le disait Shakespeare, « les dieux nous ont donné des défauts pour nous faire hommes »... et la violence est partout, insidieuse et perfide. Nous la générons, et nous la subissons dans les situations les plus quotidiennes, et à chaque fois, c'est au détriment de la bienveillance, du tact et de la délicatesse envers autrui.
À ce titre ahimsâ, la non-violence, la première indication morale de cette discipline (yama) incline à une certaine méditation envers notre prochain, quel qu'il soit, qu'il soit notre enfant, celui dont nous avons toute notre vie durant à prendre soin, qu'il soit notre voisin de palier, celui qui est ici, assis à côté de nous à cette conférence, celui qui attendra avec nous dans une salle d'attente chez n'importe quel médecin, qui voyagera près de nous dans le TGV ou qui s'accrochera au même poteau dans le bus. L'autre est notre voisin, notre prochain. Il est notre responsabilité, le signe de notre aménité ou non. Et pourtant cet autre est la plupart du temps oublié, annulé, livré à l'indifférence, à la maltraitance ordinaire. Voici donc quelques exemples empruntés au quotidien, qui vont nous permettre de comprendre l'importance de ahimsâ, et le travail que cette notion engendre, son éternelle actualité. »
QUAND L'AUTRE N'EXISTE PAS
« Faire que l'autre n'existe pas semble en fait une agression décidée, sinon, à peine le dommage serait-il accompli que la personne s'en excuserait. Mais en général, aucun pardon, aucune parole. Saturée d'elle-même, la personne ne répond pas. L'impolitesse et la grossièreté font partie du meurtre de l'autre. Le silence en prolonge l'arrogance. L'autre n'est digne d'aucune considération. L'égocentrisme est roi. ». « Si nous constatons, dans le secret de nos méditations, que dans le quotidien de nos vies nous ne mettons pas notre pratique sous l'égide des cinq lois morales du yoga, si nous avons l'honnêteté de nous en apercevoir, nous observons que notre rapport à la fraternité est en cause. Et comment ce rapport pourrait-il ne pas dépendre de l'histoire que nous avons nous-mêmes entretenue avec notre propre fratrie, ou que notre fratrie a entretenue avec nous, ou que notre absence de fratrie a déterminée ?... Considérer l'autre « comme un frère » demande à assainir la relation initiale qui fut la nôtre à notre propre famille, la place que nous avons occupée, l'objet que nous avons cru être pour chacun de nos parents au regard des autres enfants, s'il y en a eu, et ce que nous avons éprouvé devant celui ou celle qui semblait le ou la plus valorisé(e), si ce n'est le ou la préféré(e). Une mémoire d'enfance colore ce rapport. Jalousie, sentiments d'infériorité, humiliations, amertumes, désirs de mort, sont tout prêts à resurgir et à se convertir en offensive devant n'importe quel autre qui fait revivre aveuglément celui ou celle qui nous a fait souffrir... ». « Ainsi, l'être humain n'est pas un saint. Faut-il le savoir, et ne pas se leurrer. Il suffit de se tourner vers sa psychogenèse pour s'apercevoir qu'à peine né, le voilà livré aux premières pulsions orales de dévoration propres à assurer sa survie, dont Freud dira qu'elles sont les prémices de la cruauté. Puis le voilà amené à composer avec les pulsions anales qui, intrinsèques à l'acte de propreté, et de propriété (celles des fèces), tentent de maîtriser ou rejeter comme un déchet l'objet fécal de la haine. L'éducation tend à civiliser la pulsion, mais à l'origine, l'agressivité est souveraine. »
« Ainsi les niyama, « la discipline à l'égard de soi-même », constituent-ils, pour Patañjali, le moyen d'éradiquer la malfaisance. Rappelons les cinq orientations de ces niyama (Y. S. II, 32) qui font d'une pratique de yoga : 1) un nettoyage, une purification (saucha) ; 2) un contentement (samtosha) qu'il ne faut pas confondre avec la flatterie envers soi-même ; 3) un effort intense (tapas) ; 4) une connaissance de soi (svâdhyâya) ; et 5) la possibilité de s'abandonner à celui qui en sait plus que soi (Îshvara pranidhâna). »
« Élire les préceptes moraux du yoga en tant qu'objet de désir, et en faire l'objet de sa méditation, c'est donc faire de la clairvoyance et de la générosité le but de son ascèse. C'est élever cette pratique au rang d'une humanisation. Ne dit-on pas de quelqu'un de poli, de prévenant et d'attentif qu'il est « bien élevé » ? Cette élévation est la marque d'une distinction. »
CONTRE LA VIOLENCE FAITE À AUTRUI, LES YAMA
« C'est cela le yoga au quotidien : croire en la vertu (yama) gagnée sur l'ignorance (avidyâ), non pas fermer les yeux sur le monde, mais décider de les ouvrir, accepter de voir l'inhumain dans l'humain, et opter délibérément pour l'envers de sa brutalité. Alors, si cela est, le yogin témoigne de son engagement, non de son autarcie ou de sa suffisance. Et sans jamais démissionner, il s'inscrit dans une logique de fraternité et de solidarité. » « Devant ce sombre tableau il ne s'agit pas de tomber dans la mélancolie, mais au contraire de trouver le ressort de ce que Christian Bobin appelle « un amour guerrier, actif», un amour qui répond à la question qui se pose à lui chaque jour, dès le réveil : « Comment entrer dans ce premier matin du monde ? »... Si désir de bonté il y a (yama), et si, à la façon de Proust, nous aimons penser que « la bonté est le comble de l'intelligence », la finalité du yoga consiste à se libérer de toutes ces terribles passions. ». « Il ne saurait y avoir de libération sans s'émanciper de l'ignorance, de la bêtise, et de la cruauté qui trouvent leurs sombres effets dans un moi fat, égocentrique et inepte, et ceci au plus quotidien de nos relations. La bienveillance et le détachement, qui sont pour la tradition indienne le signe de la sagesse, sont à ce prix. ». « Mais tout le monde n'a pas accès à cette humilité, et l'estime de soi est facteur de refoulement, disait si justement Freud. Nombreux sont ceux qui n'envisagent le yoga que pour restaurer leur image, et la fierté de l'ego. » « Cette spiritualité, dégagée du religieux, oeuvre au jour le jour chez celui qui accepte de penser, de se remettre en cause, de faire de son voisin son égal, si ce n'est son supérieur, capable de tendresse et d'admiration. C'est cette humilité-là qui porte ses fruits. Politesse, courtoisie et gratitude, en sont les signes, ce au nom de quoi le yogin se met au travail pour être, comme le disait Pascal, « éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre ». »

Christiane Berthelet Lorelle
Revue Française de Yoga - Janvier 2005

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J. Winkel - Le recevoir

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La vie se reçoit … 

Et plus s’élargit le réceptacle, plus grande est la communication avec le tout. Savons-nous recevoir les multiples communications qui fusionnent entre le corps, le psychisme, l’intellect et l’esprit ? Le geste le plus humble, exécuté avec l’entièreté du corps, devient réceptacle. L’ennui, la perte de goût de vivre sont les effets d’une limitation de notre champ d’action et d’intérêt. C’est l’incompréhension qui est l’effet d’une obstination à ne pas recevoir l’ensemble du problème. 

Comprendre, c’est pouvoir re-lier la partie au tout.
Quant aux erreurs, elles découlent d’une errance, d’une fuite consciente ou non, de l’enjeu qui nous permet de nous cramponner à ce qui nous intéresse sans jamais envisager la totalité. Ainsi, d’errements en errements, c’est la fuite en avant. A nous de dé- couvrir nos possibilités. La réceptivité permet de nous ouvrir à l’entièreté du réel, en nous et autour de nous. Apprendre à recevoir, c’est apprendre à sentir. La sensation s’épure et se fortifie par la réceptivité. Etre réceptif, c’est accueillir par tous ses sens. C’est se découvrir, s’ouvrir à la vie.
La première attitude requise pour recevoir est la confiance. Pour recevoir il faut faire confiance, pour s’ouvrir à l’autre, il faut risquer, oser se confier à l’inconnu et croire dans la bonté fondamentale de la vie.Outre la confiance, la patience sera de mise car en effet, la réceptivité qui nous relie à la vie, s’acquiert lentement. Vouloir « arriver » plus vite, ne fera que freiner la rencontre avec la vie. Il est nécessaire de vivre au rythme de ses nerfs sensitifs par qui se réalise la réceptivité. Naturellement, cela demande une disponibilité.Recevoir les évènements, les faits, ouvre l’Etre aux dimensions du réel.
Recevoir la sensation dans chaque partie de son corps qui s’exprime différemment, c’est vivre intensément.
Recevoir, c’est aussi prendre le temps. Il nous faut réapprendre à le « perdre » afin de retrouver notre propre rythme et réveiller l’influx vital qui sommeille en nous.

Accueillez … accueillez …

Cette qualité d’être dans la globalité, qu’il nous est permis de vivre sur un tapis, n’est pas un assemblage de sensations distinctes, mais un processus unique de fusionnement. Il peut se reproduire dans chaque pensée, chaque sentiment, chaque acte, au fur et à mesure qu’ils se produisent en nous, exactement, comme lorsque quelque chose nous intéresse profondément, lorsque nous observons un enfant, un paysage, les oiseaux.
Nous recevons sans condamnation, sans identification, de sorte, qu’en cet état, il y a communion complète.

Johanna Winquel
Extrait de la revue Yoga Energie - Avril / Juin 1994

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F. Pessoa - Le livre de l'intranquillité

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... Vivre, c'est être un autre.

Et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme l’on a senti hier : sentir aujourd’hui la même chose qu’hier, cela n’est pas sentir – c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie, désormais perdue.

Tout effacer sur le tableau, du jour au lendemain, se retrouver neuf à chaque aurore, dans une revirginité perpétuelle de l’émotion – voilà, et voilà seulement ce qu’il vaut la peine d’être, ou d’avoir, pour être ou avoir ce qu’imparfaitement nous sommes.

Cette aurore est la première du monde. Jamais encore cette teinte rose virant délicatement vers le jaune, puis un blanc chaud, ne s’est ainsi posée sur ces visages que les maisons du côté ouest, avec leurs vitres comme des milliers d’yeux, offrent au silence qui s’en vient dans la lumière naissante. Jamais encore une telle heure n’a existé, ni cette lumière, ni cet être qui est le mien. Ce qui sera demain sera autre, et ce que je verrai sera vu par des yeux recomposés, emplis d’une vision nouvelle.

Collines escarpées de la ville ! Vastes architectures que les flancs abrupts retiennent et amplifient, étagements d’édifices diversement amoncelés, que la lumière entretisse d’ombres et de taches brûlées – vous n’êtes aujourd’hui, vous n’êtes moi que parce que je vous vois, vous serez demain ce que (je serai ?), et je vous aime, voyageur penché sur le bastingage, comme un navire en mer croise un autre navire, laissant sur son passage des regrets inconnus.

Fernando Pessoa
Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares
Traduit du portugais par François Laye
Christian Bourgeois Editeur

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J. Winkel - Entre pose et pause

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" Le pont entre la pure lumière et la matière se fait dans l’homme, à travers le silence et l’assise, où notre humanité touche à sa plus haute transparence "

Jean-Yves Leloup

L’homme est un pont, il est aussi un chemin. La santé comme le bonheur est sans doute dans la « marche ».
La souffrance ou la maladie c’est être « arrêté », enfermé dans la prison du corps … Ainsi, les grands mythes présentent-ils les voies de guérison comme les chemins où les symptômes douloureux sont à considérer comme des étapes, des haltes où l’esprit un moment, est cloué à la réflexion. La voie est une ; les chemins sont multiples. Il y a les chemins de terre, les terres promises, faites d’exils et de retours ; il y a le chemin de mers, de tempêtes, de naufrages, et d’îles au trésor incertain.
Il y a les ascensions célestes, les envols et les chutes icariennes. Il y a les chemins de feu où le voyageur est consumé sur place ou renaît de ses cendres.
Autant de métaphores à penser et d’aventures à vivre pour aller au-delà de ce qui nous enferme, nous clôture sans jamais pouvoir nous contenir, vers « l’échappée belle » de l’âme qui dans l’adhésion a ses limites. Le malheur, c’est de s’arrêter, de s’identifier à une situation donnée, de se prendre pour ses symptômes !
de se lier d’amitié avec eux tant bien que mal par des nœuds coulants, des nœuds serrés, et même de jolis nœuds dorés autour du paquet-cadeau que nous sommes et qui enserrent notre liberté.

Avons-nous perdu le contact avec cette liberté-là qui est l’essence même de notre humanité ? En sommes-nous tout simplement éloigné ?

 

Question
Qu’est-ce qui est important pour moi ?
L’image qui enveloppe le paquet-cadeau, avec son joli nœud doré et auquel je m’identifie, ou son trésor profondément caché sous les replis d’un papier ?
Il n’y a pas de bon et de mauvais plis ; il n’y a que des alliés à considérer, à aimer, non à enfermer ou à fuir.
Les freins, les attitudes de protection dont nous sommes porteurs, peuvent être physiologiques, émotionnels structurels, biochimiques, culturels. Nous en héritons parfois génétiquement. Nous pouvons nous incarner parfois avec un bagage conséquent...
Quoiqu’il en soit, ils sont un défi à relever. Notre existentiel dépend des moyens que nous pouvons mettre en oeuvre pour les traiter.
Une chose est sûre : ils ne sont en aucune façon une punition. Nous n'avons rien à payer. Nous avons tout à comprendre.
Com-prendre, c’est prendre avec soi.
Prendre avec soi ce corps, le réconforter, le considérer, l’aimer.
Pour cela, il nous faut passer un nouveau permis de construire sa vie autrement.
... Assis dans nos têtes et rassis dans nos corps, nous pouvons retrouver une dynamique corporelle, naturelle, progressive : pouvoir ramper comme un lézard, rebondir comme un ressort,retrouver l'harmonie gestuelle que nous avions pendant l'enfance.
S’écouter, se sentir bouger et non plus se penser seulement, c’est entrer dans un autre monde, celui de la réceptivité consciente en amont des mots et non pas une mise en mouvement imposé du dehors.
Il va falloir rejoindre ce que nous percevons du dedans de nous-mêmes ; ce qui nous es propre et nous met en contact avec l'origine de notre dynamique. C'est ce qu'on appelle la proprioceptivité.
... Pour trouver le sentiment de sécurité intérieure, nous devons retrouver le contact avec nous-même, au-delà de l’image.
Se retrouver soi, c’est réapprendre à faire confiance à ses sensations, à ses sentiments.
C’est aussi prendre conscience que nous sommes seuls responsables de notre réalité.

                                 Johanna Winkel
                    Extrait de la revue Yoga Energie – Avril 2002

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D. Faïck - Le yoga et la maîtrise : de l’ardeur à la plénitude

Publié le par DC

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Le yoga a la réputation d’être une pratique tranquille dont la finalité principale est la relaxation. Or cela va à l’encontre de sa nature. Le yoga est en effet une pratique qui nécessite une constance, une énergie afin de se maîtriser soi-même au travers d’un lâcher prise qui permet de vivre la profondeur de la conscience et atteindre la plénitude. Une fois que cette finalité est réalisée, alors l’effort nécessaire disparaît.
L’effort d’une pratique constante
Le yoga est souvent présenté partiellement comme une façon de se détendre, et ainsi de relâcher les tensions corporelles et mentales. L’erreur commune consiste alors à faire du yoga un état inerte dans lequel le corps, allongé sur le tapis, se laisse aller à la passivité. Il s’agirait ainsi de faire du yoga un moyen de relaxation parmi d’autres. Cette vision est erronée. Loin, en effet, d’être une pratique mollassonne, un délassement, ou un paisible repos transitoire, le yoga est un investissement de tous les instants afin de transcender les déterminations qui nous asservissent. Il s’agit de dépasser les conditions des phénomènes qui peuvent dominer l’homme afin de vivre une expérience intérieure. Il en résulte finalement la réalisation de la liberté au sein de laquelle, libéré des troubles, libéré du volontarisme, sans besoin à présent de l’effort, l’être est dans la plénitude, dans une intime conscience de la réalité.
Le yoga est un chemin qui demande un engagement soutenu dans la mesure où il s’agit pour l’être humain de dominer ses instincts, ses pulsions, ses élans primitifs, en bref sa nature. Cette opposition n’est en rien contre-nature, mais elle tente en définitive d’aller au-delà des spontanéités de base de l’être humain, qui peuvent le soumettre, le dominer et ainsi engendrer la souffrance. Si l’homme a des énergies naturelles fondamentales, il a aussi la capacité de les maîtriser. Là aussi est sa nature.
Le yoga s’oppose alors au laisser aller, aux facilités qui séduisent, à l’absence d’efforts qui nous donne l’illusion d’être au repos. Il est une quête de la maîtrise de soi, recherche qui est fort loin de s’identifier à l’apathie. Ce contre-courant est motivé par une finalité bien spécifique : la fin de la souffrance. Le yoga vise l’éradication de la douleur physique, de la souffrance psychique ou de l’angoisse métaphysique. Or, comment un tel projet pourrait-il être réalisé dans la tiédeur d’une pratique instable et balbutiante ?
Le yoga est avant tout un refus : celui d’être soumis aux troubles psychologiques et corporels ; celui d’être assujetti aux désordres du monde des hommes et du monde phénoménal dans sa généralité. On comprend aisément qu’un tel refus ne peut être une sinécure. Les hommes subissent sans cesse des maux et le yoga est un des moyens d’y échapper. Cette libération ne peut être ainsi une tranquille flânerie. L’engagement devra être à la mesure de la puissance des troubles qui ternissent l’existence humaine.
Le yoga demande un esprit alerte, vif, réceptif, motivé. Il bannit le doute incessant et l’hésitation constante qui mettent nécessairement un obstacle à la finalité. Dans toute démarche, dans toute pratique, le doute constant, qui est ici le manque d’assurance, la peur, l’incertitude, la réticence envers le bien-fondé des principes et l’efficacité de la pratique, ne fait que rendre encore plus inefficace ce qui est entrepris. Le yoga est une pratique, non une croyance. Son efficacité ne se mesure qu'à l’aune de l’expérimentation, une attention fine et subtile afin que l’expérience soit accompli avec le plus de perfection possible. Un esprit agité qui vagabonde sans cesse, qui n’est pas tout à ce qu’il fait ne peut accomplir pleinement le yoga. Ce chemin n’est pas ainsi une relaxation pépère. Le mental et le corps demeurent vigilants, impliqués, résolus.

Denis Faïck
Extrait de la Revue Française de Yoga - Juillet 2006

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