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P. Brun - Un espace d'expérience

Publié le par DC

Ma pratique d'enseignante à l'École Française de Yoga m'a amenée à me poser une question pédagogique qui me paraît essentielle : comment accompagner un élève de façon à ce qu'il puisse expérimenter ce qu'on lui propose sans être sous la pression et la contrainte d'un résultat à obtenir, comment l'aider à dépasser ses sentiments d'échec afin de soutenir sa motivation ?
Pour tenter de répondre à cette question je ferai référence à mon expérience de l'enseignement du Yoga mais aussi des Arts Plastiques auprès d'enfants du primaire ; je m'appuierai également sur mon expérience vécue en « Kreativ-therapie » auprès de thérapeutes du centre Dürckheim.
La Thérapie Initiatique de K. G. Dürckheim repose sur quatre piliers : à côté de la pratique méditative, psychothérapique et psycho-corporelle, la « Kreativ-Therapie » se propose, à travers le dessin, la peinture ou le travail de l'argile, de mettre en contact la personne de l'élève avec sa propre profondeur. Dans la Thérapie Créative, la pratique n'est pas d'ordre esthétique mais relève d'un processus créateur. Le sujet travaille souvent les yeux fermés en utilisant sa main gauche aussi bien que sa main droite, pour éviter de soumettre sa réalisation à un regard objectivant, ou plutôt afin de suspendre celui-ci pour se laisser guider de l'intérieur.
Pour l'enseignante que j'étais, lors de ces sessions, il s'est agi là d'un véritable désapprentissage. Il m'a fallu mettre à distance les références et les modèles acquis, suspendre mon jugement et me mettre en état de disponibilité et d'ouverture afin de laisser émerger une voie authentique. Cela supposait un fond de quiétude et de confiance...
Enseigner, c'est donc aussi préserver un espace « hors jugement », un espace d'expérimentation. Ceci demande à l'enseignant certaines qualités d'écoute et de disponibilité. C'est « l'attention à l'autre » qui va permettre de compenser les discontinuités, les failles que l'élève peut ressentir.
C'est ainsi qu'il me semble important de distinguer un temps d'expérimentation d'un temps d'évaluation. La possibilité de mener une expérience n'exclut pas la possibilité ultérieure de l'évaluation. ...
... À l'École Française de Yoga, les tests pédagogiques en fin de 3e année et le mémoire en fin de 4e année de formation sont les épreuves qui valident le diplôme d'enseignant. Quelle serait la valeur de ce diplôme si l'élève n'avait pu à travers ses propres hésitations, ses peurs et ses élans se rencontrer au cour de la pratique ? S'il avait acquis une technique sans se l'approprier ?
Alors que l'élève est engagé dans une dynamique de recherche, l'enseignant met son savoir-faire, sa créativité, son expérience et sa capacité à dépasser ses propres erreurs au service de celui-ci.
Que ce soit en cours individuel ou collectif, son état de disponibilité et de présence attentive va favoriser l'émergence d'un cadre où l'autre pourra advenir à lui-même. Et cela au nom du yoga, qui fait tiers.
La Bhagavad-Gîtâ propose de « se détacher du fruit des actions ». Son enseignement est au coeur de la pratique du yoga. Demeurer dans la posture dans un esprit de lâcher-prise permet de vivre le moment présent, dans l'ouverture et l'accueil au Tout Autre.
Finalement, « réussir » n'est-ce pas tout simplement être en chemin ?


Pascale BRUN
Extrait de Revue Française de Yoga - Janvier 2005

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N. Merlette - A propos de la rentrée

Publié le par DC

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Comme les enfants, nous faisons notre « rentrée » « en yoga » ; élève, professeur, débutant, très ancien, cours de quartier, école de formation, à la campagne ou au cœur de Paris. La rentrée est un moment solennel, parfois émouvant, tant il y a avec le yoga un engagement qui n’aura pas de fin. Combien de crainte, de tension, de gaucherie dans les séances de découverte.  Et avant le premier pas, combien de rendez-vous manqués :

- ne pas trouver la salle ;

- arriver en retard ;

- ne pas oser franchir la porte ;

- remettre à plus tard.

Toutes les facilités offertes pour favoriser la rencontre. Rien n’y fait ! Il se passe qu’on ne sait pas ce qu’est le yoga avant de le pratiquer. Il se passe que l’idée qu’on s’en fait est parfois très fausse. Il se passe que ce n’est pas une discipline de plus, mais une autre façon de fonctionner, un art de désapprendre, de quitter l’obéissance pour l’écoute de nous.

Il faut un grand appel du dedans. Et puis quitter le besoin de plaire et de satisfaire les autres, aller vers soi, simplement pour se connaître vraiment, se comprendre et s’accepter, mais avant de saisir cette chance que de passerelles à traverser.

Première étape, déjà, la tolérance.

Le lieu du yoga est particulier, on y vient pour soi, mais au milieu des autres.

Pour certains, c’est déjà une épreuve qu’il faut surmonter (le regard des autres et notre regard sur les autres). Tolérance indispensable, sortir des clivages sociaux, physiques intellectuels, culturels, etc. quitter le monde des apparences et de la représentation.

La différence comme point de départ. Tous différents et tous dans le même bain, et on peut travailler confiant dans une même recherche de paix.Paix des corps, paix du souffle, calme des pensées. Tolérance indispensable vis-à-vis de nous-même, de nos maux, de nos rigidités ; pourquoi vient-on au yoga ? Dans l’ensemble, on ne sait pas vraiment.Très vite on ressent que ça nous bouscule. Parfois c’est paniquant, inquiétant. Mais il va falloir se laisser faire, se laisser manipuler par les gestes et les postures. Baisser sa garde et ne pas chercher toutes les mauvaises raisons pour ne pas continuer.

A la question qu’attendez-vous du yoga ?

Des élèves répondent : « la santé, la vitalité, le respect du corps, le bien-être, la maîtrise, la concentration, le calme, l’éveil, la curiosité, l’optimisme, la liberté, le sens de la vie. » Vaste programme, un désir d’être mieux, un désir de vérité, un appel qui va faire envoler les hésitations et les tâtonnements. Mais pourtant que de souffrances visibles, de dos déformés, de blessures, témoins de vie difficile, que de personnes qui semblent avoir perdu l’usage de leur corps. On ne sait pas se tenir debout, ni s’asseoir, ni se plier, le corps est comme un vieil instrument oublié, qu’il va falloir dépoussiérer, accorder et réchauffer. Ça ne peut concerner l’extérieur. Trouver de l’aisance dans ses gestes, c’est déjà du bonheur : se rouler par terre comme des petits sans être empoté et crispé, c’est du bonheur ainsi que s’étirer comme des félins. Déjà, c’est ranimer une petite flamme. Mais le désir doit être immense ainsi que l’ardeur dans la pratique et dans l’attention.

Bon yoga !

Nadine Merlette
Extrait de la revue Yoga Energie - Oct. / Nov. 2001

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E.C. Thiercelin - Les premiers pas

Publié le par DC

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Débuter dans la discipline du Yoga est un moment de notre existence dont nous découvrons chaque jour un peu plus l’importance.
Eclairer, donner les moyens de se prendre en charge ainsi agissait Roger Clerc lorsqu’il accueillait des débutants. Voici les paroles.

Prendre conscience : Avant d’exécuter le premier pas pour s’engager sur le chemin, il est normal de savoir où l'on va et de connaître les moyens que l’on utilise.

Détente, lâcher-prise : Nous sommes tous plus ou moins soumis au stress Notre organisme, dans un réflexe d’autodéfense, se replie sur lui-même en se crispant. Ainsi la circulation du sang comme celle de l’énergie sont freinées. En fait c’est la vie en nous qui est ralentie. Notre première action sera donc, logiquement, de remédier à cette tension en relâchant tout le corps, en calmant le mental et en respirant plus amplement.

Relations entre respiration, corps, gestes, pensées, émotions : Ces exercices seront principalement basés sur un fait reconnu de tous, l’interférence qui existe entre tous les plans de conscience qui composent tout être humain, à savoir : le corps, les pensées, les émotions, ainsi que l’étroite relation entre tout geste et la respiration. La respiration fait partie des fonctions végétatives régies par notre système nerveux sympathique. Mais c’est la seule fonction sur laquelle nous pouvons agir consciemment. Le yoga développe cette faculté d’utiliser la respiration volontaire à des fins de transformation plus rapide sur les plans de l’être humain. C’est alors un véritable art de la respiration. Mais il s’agit ici de révéler cette possibilité latente en chacun de nous, quel qu’il soit, pour s’en servir utilement et en particulier pour mieux vivre.

Le recentrage des facultés : La vie trépidante nous accapare de tous les côtés à la fois. Si nous n’en prenons pas conscience nous sommes très vite dispersés. Le remède c’est le recentrage de nos facultés dans trois centres principaux. Nous commençons par le ventre, centre de gravité du corps ; ce recentrage dans l’abdomen favorise une respiration diaphragmatique. Nous poursuivons dans la tête où se situe le cerveau, centre de commande, pour terminer dans la poitrine, centre des émotions. C’est un processus prudent.
Ainsi nous sommes assurés de redonner au pratiquant de cette technique une force vitale, en commençant à lui donner une base solide dans son centre de gravité. Puis dans la tête, il reprend consciemment la direction des opérations, le volant tenu fermement.

Alors seulement il sera à même de découvrir le trésor qui est dans son cœur en ayant la possibilité de l’utiliser sans tomber dans les nombreux pièges que lui tend une émotivité exagérée, non contrôlée.

La respiration : Réapprendre à bien respirer, c’est-à-dire avec amplitude. S’entraîner à être conscient de la respiration qui se fait naturellement, puis allonger le souffle progressivement. Ainsi apprendre à respirer lentement, longuement, doucement, finement pour pouvoir contrôler ce souffle.

Réaliser des postures. Rester dans la posture : Prendre soin de son corps, c’est agir pour qu’il fonctionne harmonieusement. C’est ce qu’on appelle la bonne santé. Evitez la précipitation comme la dispersion. Faites le premier pas sur ce chemin.

Le hatha-yoga prend tout d’abord en considération le corps physique. Par l’exécution de mouvements conscients, plus ou moins rapides, synchronisés avec la respiration, le corps s’assouplit et la circulation du sang et de l’énergie est activée. Lorsque le geste se ralentit à l’extrême, la posture se réalise, il s’agit de conserver un certain temps cette posture dans l’immobilité. On assiste alors à une décontraction progressive de tout le corps, à condition de ne pas avoir trop exigé de soi. Un dosage judicieux, quant à ses possibilités du moment, est nécessaire, sinon la douleur empêche de tenir la posture dans l’aisance. C’est tout un apprentissage qui fait réaliser et tenir la posture dans « l’aisance et la fermeté ». Cette fermeté est le juste milieu entre l’avachissement et la rigidité. La posture ainsi tenue nécessite impérativement la conjugaison simultanée de la conscience du corps, du souffle et par conséquent du mental d’où émane la conscience. Dans le Yoga de l’Energie, s’ajoute la prise de conscience de la circulation de l’énergie.

Le rôle de la posture est donc extrêmement important : assouplissement de toute la musculature et un étirement des ligaments, amélioration de la mobilité des articulations. La tenue de la posture détermine aussi des afflux de sang et d’énergie dans certaines parties du corps, favorisant ainsi cette circulation. On conçoit également la répercussion sur les organes internes, les glandes endocrines, système nerveux, sur l’appareil cardiovasculaire …
Maintenant expérimentons.

Eliane-Claire Thiercelin
Les Carnets du Yoga – Juin / juillet 2002

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