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N. Merlette - Vous me parliez d'éveil ?

Publié le par DC

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TOUT COMMENCE  par le corps et dans le corps.

Il n’y a pas d’autre chemin.
Tout commence par la détente, précieuse, pour câliner le corps, pour le ressentir. La détente, pour plus de conscience du corps, pour mieux observer et voir.
Voir, ressentir, percevoir, sentir la vie en nous.

 

Vous me parliez d’éveil ?
 

Vous me parlez de l’esprit, ne l’opposez pas à la matière.

Vous me parlez du spirituel, ne l’opposez pas au sensoriel.

Vous me parlez de l’intérieur, ne l’opposez pas à l’extérieur.

Écoutons le corps profondément, attentivement. La vie est sensorielle, sans notre corps, on est rien ; avec lui, nous pouvons être tout.

Le corps sacré, total, entier (cerveau, tripes, imagination, humeurs, paroles, digestion, rêves, douleurs etc.).

Le tout qui forme l’un, le tout important, le tout possible à observer, le tout qui se cache, le tout dont on s’évade, le tout qui crie, le tout qui ne cède pas. Le tout dans le corps. Le corps messager et support du tout.

Le corps à respecter, à honorer comme écrin du tout.

Tout commence par le corps. Il n’y a pas d’autre chemin.

Que les sens deviennent conscience aiguë : voir, sentir, goûter, écouter, toucher.

Que toute la sensorialité devienne conscience : ressentir le corps, les mouvements, les pensées, les désirs, les émotions, le souffle.

Tout commence par le corps, où s’écoule la vie.

Seule une connaissance sensorielle peut nous ouvrir la porte du subtil.

Seule l’acuité sensorielle dans tous les instants de la vie peut nous ouvrir la porte du bonheur. On ne peut comprendre sans sentir, entendre, goûter, voir, toucher.

Seul compte ce que vous avez vous-même pu ressentir, vous-même vu.

Percevoir avec la peau, l’œil, la langue, le nez, les oreilles, c’est se connecter avec les choses, c’est communiquer.

Recevoir les odeurs, le goût, la forme, le toucher, les sons, c’est nous relier à l’univers.

La sensorialité seule nous suggère l’invisible, nous sommes une part du tout.

Alors, donnons-nous à la détente et pas à pas, apprenons à toucher la vie.

 

Vous me parliez d’éveil ?
 

Tout commence par le corps.

 

Nadine Merlette
Revue Yoga Energie – Janvier 2000

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F. Pessoa - Le livre de l'intranquillité

Publié le par DC

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... Vivre, c'est être un autre.

Et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme l’on a senti hier : sentir aujourd’hui la même chose qu’hier, cela n’est pas sentir – c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie, désormais perdue.

Tout effacer sur le tableau, du jour au lendemain, se retrouver neuf à chaque aurore, dans une revirginité perpétuelle de l’émotion – voilà, et voilà seulement ce qu’il vaut la peine d’être, ou d’avoir, pour être ou avoir ce qu’imparfaitement nous sommes.

Cette aurore est la première du monde. Jamais encore cette teinte rose virant délicatement vers le jaune, puis un blanc chaud, ne s’est ainsi posée sur ces visages que les maisons du côté ouest, avec leurs vitres comme des milliers d’yeux, offrent au silence qui s’en vient dans la lumière naissante. Jamais encore une telle heure n’a existé, ni cette lumière, ni cet être qui est le mien. Ce qui sera demain sera autre, et ce que je verrai sera vu par des yeux recomposés, emplis d’une vision nouvelle.

Collines escarpées de la ville ! Vastes architectures que les flancs abrupts retiennent et amplifient, étagements d’édifices diversement amoncelés, que la lumière entretisse d’ombres et de taches brûlées – vous n’êtes aujourd’hui, vous n’êtes moi que parce que je vous vois, vous serez demain ce que (je serai ?), et je vous aime, voyageur penché sur le bastingage, comme un navire en mer croise un autre navire, laissant sur son passage des regrets inconnus.

Fernando Pessoa
Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares
Traduit du portugais par François Laye
Christian Bourgeois Editeur

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B. Rerolle - Equilibre, instant de grâce ...

Publié le par DC

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ou fruit longtemps mûri

Qui dit équilibre, parlant de l’homme vivant, dit mouvement, gestes, attitudes. Il y a longtemps que les grandes traditions spirituelles ont pris conscience que nos gestes et attitudes constituent un miroir, le miroir le plus véridique de nos états intérieurs, conscients et inconscients. Et elles s’en servent comme instruments d’acquisition de la sagesse. L’équilibre n’est jamais donné d’emblée.

L’équilibre est éphémère et capricieux
Tous ceux qui pratiquent le yoga, les arts martiaux, la cérémonie du thé et tant d’autres disciplines psychocorporelles, savent ce que c’est que de recommencer mille et mille fois le même geste : l’apprentissage parait désespérément long, les progrès peu perceptibles, quand ce n’est pas bien souvent l’impression de régresser ! Et puis un jour, on s’aperçoit qu’en restant sur la configuration extérieure du geste, nous regardions du mauvais côté. Car pendant tout le temps de l’apprentissage, c’est notre être intérieur qui a évolué. Et c’est parce que cet être intérieur a évolué que notre geste finit par évoluer à son tour. La progression finit par s’inscrire visiblement dans nos évènements. Cette variation peut d’ailleurs aller dans les deux sens, car le malheur veut que nous soyons tout aussi capables de régresser que de progresser et que la désorganisation de notre être intérieur, toujours possible, entraîne la désorganisation de nos gestes, même s’ils étaient devenus très habiles.
Le geste du thé, celui de la danse, etc.… sont éphémères par nature. Il faut être là au bon moment pour les recevoir, comme il faut être présent au bon moment pour les accomplir.
La grâce n’est pas toujours au rendez-vous ! Chaque geste, si appliqué soit-il, peut apporter un élément de surprise, en bien ou en mal. En bien, c’est l’étonnement, en mal, c’est l’irritation !
Au cours de nos pratiques de yoga, nous avons connu quelques « moments étoilés » comme les appelait Dürckheim. Au cours de nos exercices de calligraphie, nous avons vu naître sous notre pinceau quelques superbes caractères chinois, quelques superbes bambous … autant de petits cadeaux qui nous ont consolés de beaucoup de déboires. Notre vie quotidienne aussi se trouve jalonnée de quelques rencontres réussies, de quelques moments de contemplation affectés d’un coefficient de plénitude. Tout se passe comme si, en récompensant nos efforts à des moments inattendus, ces petits cadeaux nous étaient donnés pour encourager notre persévérance « sur la Voie ». Ils n’étaient sans doute pas spectaculaires. C’étaient des cadeaux très subjectifs, très personnels : il est presque impossible de les communiquer, de les faire partager à notre entourage. Et pourtant, ils enracinent en nous le sentiment que nous avançons dans la bonne direction. Même s’il est fragile, c’est à ce sentiment de certitude que j’aimerais donner le nom d’équilibre. Dürckheim donnait le nom de « petite voix » à cette réalité ténue et fugitive.

 

Bernard Rerolle
Extrait de la Revue Française de Yoga – Juillet 1991

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