Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

J. Benameur - Comme on respire

Publié le par DC

Je ne cesserai pas d’écrire, de lire.

C’est ma façon d’aimer.

A l’heure où l’on nous parle partout d’assurance à prendre, de prévisions et de protection, je dis qu’aimer c’est risquer. Je dis que vivre c’est risquer. Je revendique le risque.

J’ai appris un jour que pour faire un pas, l’être humain met en déséquilibre nombre de muscles et rétablit l’équilibre en posant le pied par terre. A chaque fois. C’est au prix de la chute possible. Bien sûr. Mais c’est ainsi qu’un humain marche.

Alors je marche.

Je ne suis pas guerrière. Je ne risque pas ma peau. Je risque ce qu’il y a sous ma peau. Au plus profond de moi. Et aucun général d’armée ne m’en donne l’ordre. C’est moi qui choisis.

C’est vous qui choisissez aussi lorsque vous lisez. Celui qui lit s’aventure avec celui qui écrit. Il se risque.

 

Mes mots disent que nous sommes semblables.

Ils disent aussi que nous sommes uniques. Chacun. Chacune. Mortels. Précieux. Uniques.

Nous ferons notre histoire. Un à un.

Et même si c’est une poignée de sable jetée au-dessus de nos têtes c’est nous qui collectons chaque grain.

 

C’est notre main qui empoigne ce que de la vie il reste pour la jeter bien haut.

Et qu’étoiles et poussière se mêlent sur notre tête. Nous sommes vivants.

Et nous continuerons.

Jeanne Benameur

Comme on respire

Editions Thierry Magnier

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

F. Roux - Ahimsâ, de la violence initiatique

Publié le par DC

F. Roux - Ahimsâ, de la violence initiatiqueF. Roux - Ahimsâ, de la violence initiatiqueF. Roux - Ahimsâ, de la violence initiatique

 à l’innocence extatique

Face à la violence inhérente à tout être incarné, Ahimsâ, la non-violence, est un chemin d’ascèse et de confiance pour retrouver la paix du cœur, l’innocence initiatique. C’est en pratiquant les cinq abstinences et les cinq observances que l’homme peut retrouver le bien-être originel de l’unité organique du créé. » […]
En nous incarnant, nous entrons dans une chair. Expérience stupéfiante, au sens le plus fort du terme. Surgissement des désirs. Oppression des peurs. Alternance incontrôlable des bonheurs et des malheurs. Et puis, dès nos premières heures, ce corps qui vieillit de vivre. Et cette mort, si étroitement entre-tissée à la vie, dont nous savons très tôt, nous les humains qu’elle est notre lot inévitable. Ainsi la force de vie qui nous habite, nous fait avancer, nous protège, peut-elle se muer, lorsque nous nous sentons menacés, en un vouloir-vivre aveugle.
C’est abhinivesha, la cinquième source de souffrance qui, selon Patanjali, menace même le sage. […]
L’être humain, heureusement, possède en lui l’antidote à la violence. On peut ici, utilement, faire référence à la théorie des trois cerveaux chère à Henri Laborit. De cette violence première, innée, tapie dans son cerveau « reptilien » et, d’une certaine manière ritualisée dans toutes les civilisations par son cerveau « mammifère », l’homme peut faire l’apprentissage d’une non-violence seconde, acquise, apanage de son « néo-cortex ». La non–violence s’apprend, en effet, elle se cultive en soi, se développe lentement à travers toutes les couches qui forment notre incarnation : le physique, l’émotionnel, le psychique, le spirituel. Puis elle se met à l’épreuve du vécu, passage périlleux où périclitent parfois nos meilleures intentions. […]
Il suffit de quelques instants pour que le feu de la violence se ranime et de quelques heures pour qu’il embrase une communauté entière. […].
Gandhi ne s’y trompait point qui, toute sa vie et jusqu’à sa fin violente, a payé de sa personne. Voici ce qu’il ajoutait aux lignes citées plus haut : « Si nous croyons vraiment que l’humanité a progressé constamment, au cours de son histoire passée, vers la non–violence, il faut qu’elle maintienne et perfectionne encore cette progression. Car rien dans ce monde n’est statique, tout est cinétique. Sans progression, il y a inévitablement régression. » Au fond, la non-violence est assez semblable aux polders. Conquis sur la mer, ces « pays bas », leur nom l’indique, doivent être constamment défendus contre les empiétements de l’élément liquide. Si on laisse faire, l’eau revient au galop, par l’effet de la gravitation, comme la violence s’insinue dès que baisse le niveau.

LE RÔLE DU MENTAL
[…] La véritable problématique semble être la suivante : en développant le fonctionnement mental (manas) qui est la marque propre par rapport au monde animal, l’être humain a manié un outil d’une très grande ambiguïté.
Pour l’Inde, il y a un mental supérieur, en contact avec l’intelligence qui sait, la buddhi et, à ce titre, indéniable facteur d’évolution. Et puis, il y a un mental inférieur, au service de l’ego, qui se transforme aisément en instrument d’oppression ne voyant plus dans l’autre qu’une occasion d’exercer son pouvoir. Ainsi l’humanité a-t-elle inventé, tout au long de son histoire, les formes de violence sans commune mesure avec celle du monde animal. […]

UNE FORCE SPIRITUELLE
« Apôtre de la non-violence», selon l’expression parfois utilisée à son égard, Gandhi n’a jamais caché – même s’il s’agissait entre ses mains d’une force d’action politique – que la non–violence était d’essence spirituelle. « La non-violence », écrivait-il, « ce n’est nullement le refus de tout réel affrontement avec la méchanceté. C’est au contraire, dans sa conception, une forme de lutte plus active, plus réelle en tout cas que la riposte violente, dont l’essence même est d’accroître la méchanceté (…)
La non-violence est une force active de l’ordre le plus élevé. C’est la force spirituelle, le pouvoir de Dieu en nous. Nous participons de la divinité dans la mesure où nous réalisons la non-violence « . […]
La violence c’est, en effet, méchanceté contre méchanceté. Qui peut stopper cette spirale ? La force spirituelle. La compréhension agissante de l’être le plus évolué qui fait le premier pas de la réconciliation. Pour pouvoir entrer de plain-pied dans la non-violence, il faut donc pratiquer une sâdhanâ, une discipline ou une ascèse, se donner les moyens réels d’avancer vers son but. Commencer par désamorcer en soi, au niveau le plus profond, la violence existentielle. C’est précisément l’un des objectifs du yoga et même le premier de tous, puisque dans l’enseignement des Yoga-Sûtra de Patanjali, la non-violence, ahimsâ, est la porte d’accès aux huit étapes du yoga. […]
Au milieu du second chapitre des Yoga-Sûtra, précisément intitulé sâdhanâ, la mise en pratique, Patanjali précise en deux aphorismes les bases de ce que doit tendre à devenir le vécu relationnel et personnel du yogi. On notera qu’au point de départ et pendant un temps qui peut être long, il s’agit de « tendre vers « . Nul n’est parfait. Et si toutes ces qualités étaient d’emblée acquises, quel besoin y aurait-il d’un chemin, d’une voie, d’un yoga ? On part d’où l’on est, comme on est.

Y.S.II.30 – Ahimsâ satya asteya brahmacharya aparigrahâ yamâh
Ne pas nuire, être vrai, ne pas voler, être sobre, ne pas entasser, constituent les abstinences.

Y.S.II.32 – Shauca samtosha tapah svâdhyâyah îshvaraprânidhânani niyamâh
Être net, être en harmonie, s’exercer, se connaître, s’en remettre au divin, constituent les observances.

Ces cinq abstinences – ce dont il faut s’abstenir dans les relations à autrui – et ces cinq observances – ce qu’il convient d’obser-ver dans sa vie personnelle – sont avant tout destinées à « baliser » le long parcours libérateur du yogi, en facilitant ses relations avec les autres et avec lui-même. […]
Solidement posée sur le socle des yama/niyama, la pratique posturale et l’exercice conscient du souffle permettent d’expérimenter concrètement la non-violence dans le corps. Sur le tapis de yoga, le yogi met à l’épreuve le vécu de la non-violence. On ne peut, en effet, en aucune façon, « prendre en force une posture ». C’est elle qui nous prend, et plutôt dans la douceur, dans la détente, dans le lâcher-prise, même si la fermeté n’en est jamais absente. La posture est fondamentalement non-violente. Le bonheur qu’on y découvre rend absolument caduques toutes les formes de violence. […]
Le yoga est la découverte, ou la redécouverte, à tous les niveaux de notre incarnation, de l’unité organique du créé. La non-violence devient alors un chemin initiatique, ouvrant l’une après l’autre les portes d’un réel réconcilié avec lui-même. […]”

François Roux
Revue Française de yoga - Janvier 2000

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

R. Tagore - L'offrande lyrique

Publié le par DC

Couleurs 6468

 Couleurs 6469

 Couleurs 6468 Couleurs 6469 Couleurs 6468 Couleurs 6469 Couleurs 6468

 

Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.

C'est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre sa joie en innombrables brins d'herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fleurs ..

C'est cette même vie que balancent flux et reflux dans l'océan-berceau de la naissance et de la mort .

Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. Et je m’enorgueillis, car le grand battement de la vie des âges, c'est dans mon sang qu'il danse en ce moment.

 

Poème 69

suivi de La Corbeille de fruits

 

Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante.
Les fleurs s'épanouiront dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur, et le souffle de toutes chose chantes en mes pensées comme une flûte.


Poème 83

 

Rabindranath Tagore
Traduit de l'anglais par André Gide
Collection Poésie / Gallimard

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>