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D. Faïck - Le yoga et la maîtrise : de l’ardeur à la plénitude

Publié le par DC

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Le yoga a la réputation d’être une pratique tranquille dont la finalité principale est la relaxation. Or cela va à l’encontre de sa nature. Le yoga est en effet une pratique qui nécessite une constance, une énergie afin de se maîtriser soi-même au travers d’un lâcher prise qui permet de vivre la profondeur de la conscience et atteindre la plénitude. Une fois que cette finalité est réalisée, alors l’effort nécessaire disparaît.
L’effort d’une pratique constante
Le yoga est souvent présenté partiellement comme une façon de se détendre, et ainsi de relâcher les tensions corporelles et mentales. L’erreur commune consiste alors à faire du yoga un état inerte dans lequel le corps, allongé sur le tapis, se laisse aller à la passivité. Il s’agirait ainsi de faire du yoga un moyen de relaxation parmi d’autres. Cette vision est erronée. Loin, en effet, d’être une pratique mollassonne, un délassement, ou un paisible repos transitoire, le yoga est un investissement de tous les instants afin de transcender les déterminations qui nous asservissent. Il s’agit de dépasser les conditions des phénomènes qui peuvent dominer l’homme afin de vivre une expérience intérieure. Il en résulte finalement la réalisation de la liberté au sein de laquelle, libéré des troubles, libéré du volontarisme, sans besoin à présent de l’effort, l’être est dans la plénitude, dans une intime conscience de la réalité.
Le yoga est un chemin qui demande un engagement soutenu dans la mesure où il s’agit pour l’être humain de dominer ses instincts, ses pulsions, ses élans primitifs, en bref sa nature. Cette opposition n’est en rien contre-nature, mais elle tente en définitive d’aller au-delà des spontanéités de base de l’être humain, qui peuvent le soumettre, le dominer et ainsi engendrer la souffrance. Si l’homme a des énergies naturelles fondamentales, il a aussi la capacité de les maîtriser. Là aussi est sa nature.
Le yoga s’oppose alors au laisser aller, aux facilités qui séduisent, à l’absence d’efforts qui nous donne l’illusion d’être au repos. Il est une quête de la maîtrise de soi, recherche qui est fort loin de s’identifier à l’apathie. Ce contre-courant est motivé par une finalité bien spécifique : la fin de la souffrance. Le yoga vise l’éradication de la douleur physique, de la souffrance psychique ou de l’angoisse métaphysique. Or, comment un tel projet pourrait-il être réalisé dans la tiédeur d’une pratique instable et balbutiante ?
Le yoga est avant tout un refus : celui d’être soumis aux troubles psychologiques et corporels ; celui d’être assujetti aux désordres du monde des hommes et du monde phénoménal dans sa généralité. On comprend aisément qu’un tel refus ne peut être une sinécure. Les hommes subissent sans cesse des maux et le yoga est un des moyens d’y échapper. Cette libération ne peut être ainsi une tranquille flânerie. L’engagement devra être à la mesure de la puissance des troubles qui ternissent l’existence humaine.
Le yoga demande un esprit alerte, vif, réceptif, motivé. Il bannit le doute incessant et l’hésitation constante qui mettent nécessairement un obstacle à la finalité. Dans toute démarche, dans toute pratique, le doute constant, qui est ici le manque d’assurance, la peur, l’incertitude, la réticence envers le bien-fondé des principes et l’efficacité de la pratique, ne fait que rendre encore plus inefficace ce qui est entrepris. Le yoga est une pratique, non une croyance. Son efficacité ne se mesure qu'à l’aune de l’expérimentation, une attention fine et subtile afin que l’expérience soit accompli avec le plus de perfection possible. Un esprit agité qui vagabonde sans cesse, qui n’est pas tout à ce qu’il fait ne peut accomplir pleinement le yoga. Ce chemin n’est pas ainsi une relaxation pépère. Le mental et le corps demeurent vigilants, impliqués, résolus.

Denis Faïck
Extrait de la Revue Française de Yoga - Juillet 2006

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I. Morin Larbey - Le yoga de l'engagement ... à la dilatation

Publié le par DC

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Le yoga a trait à l’homme et à sa propre histoire dans l’évolution du monde. Né en Inde il y a environ 4000 ans, il est surtout dans son essence le fruit d’une longue observation empirique, précise et minutieuse de l’homme par l’homme dans sa globalité. Ce mot sanskrit est dérivé de la racine « YUJ » qui signifie « joindre, mettre ensemble ». La forme la plus répandue en occident en est le hatha-yoga, soit l’union du soleil (ha) et de la lune (tha), rendant les opposés complémentaires. Voilà d’emblée poser son propos : réconcilier ce qui semble être aux antipodes. Il va à l’encontre d’une tendance de notre société actuelle encline à cloisonner, diviser, zapper à l’envi et qui finit souvent par s’égarer à tant vouloir se morceler ; voire à déraper à tant vouloir se précipiter. Il crée du lien en tissant ensemble l’intellect et l’affect, le féminin et le masculin en une « belle et bonne étoffe de vie » dirait Rabelais.
Qu'est-ce qui nous permet de vivre, de nous relier à l’univers ? Le corps. C’est lui notre champ d’expérience sensorielle, c’est avec lui et par lui que nous découvrons le monde qui nous entoure. Alors une évidence se dessine. La pratique du yoga va consister, en le mettant au centre, à harmoniser le travail de ce corps avec ce qui l’anime – le souffle - et avec ce qui le guide – le mental – afin de réunifier l’être humain que nous sommes. Tout se joue là. La respiration va s’adapter au mouvement et l’accompagner tandis que l’attention portée au geste et au souffle sera maintenue constamment. Ces trois facteurs, le geste, le souffle et l’attention, travaillés ensemble pendant une heure ou plus, permettent le recentrage, cette présence à ce que nous sommes et à ce que nous faisons dans une simplicité d’écoute et un accueil des sensations éprouvées pendant la séance. Mais tout cela ne se fait pas dans le désordre si j’ose dire. L’intelligence, la richesse et la subtilité du yoga se rejoignent dans la proposition structurée d’une progression dans la pratique et d’une intention donnée à cette expérience. De fait, cette tradition est construite, précise, réfléchie, élaborée… Elle est le fruit d’une longue chaîne de transmission. Elle en a la solidité et le poids. Deux maîtres-mots vont être les piliers de cette architecture : l’aisance et la fermeté. Et la pierre angulaire en sera la lenteur. La pratique et la transmission du yoga nécessitent aussi un engagement, et la force de s’y tenir. D’une certaine façon, nous nous inscrivons dans une histoire, à mille lieues d’une simple anecdote. De l’histoire de chacun, mais aussi de l’histoire de l’humain et même au-delà, de l’histoire d’une lointaine humanité.
… Le mouvement va devenir un geste, dans tous les sens du terme, puisqu'il est porté par le souffle et habité d’une intention de présence à l’instant. La routine nous quitte, la vigilance s’installe maintenue par la juste position du corps et vivifiée par le rythme du souffle. La lenteur s’inscrira d’abord dans le temps de l’expiration : créer le vide pour agrandir l’espace intérieur afin de recevoir dans l’aisance. En inspirant, j’accueille le monde extérieur en moi-même : en expirant, je redonne de moi-même au monde extérieur. Précieux échange, inlassablement offert à la vie. Avec le souffle, l’intimité de notre relation au monde est à l’œuvre. Il sculpte nos espaces intérieurs comme le vent les pierres du désert… Et le temps ainsi rythmé va permettre d’établir une alternance dehors-dedans, mais aussi une différence et une distance. Il ajoute du nouveau à l’être car en séparant il permet de distinguer la sensation inhabituelle, le souvenir qui remonte, l’émotion qui gagne. Il ouvre un nouveau champ de conscience qui est la connaissance de soi. L’observation et l’accueil des sensations sont la clé de voûte de l’édifice. Les temps de suspension dans le travail respiratoire comme les temps de repos entre les postures sont des moments de silence et d’écoute. La possibilité de l’émergence d’un nouveau regard, quel qu’il soit, est offerte.
École d’humilité, de persévérance, le travail régulier sur un tapis de yoga nous ramène sans cesse à la fragilité et à l'impermanence, de ce que nous avions atteint la veille dans une posture. Et à la fois, l’émerveillement d’une possibilité nouvelle ouverte par le souffle ce jour-là, même si les muscles qui semblaient étirés et déliés hier se révèlent raides, raccourcis et récalcitrants. Accueillir ce qui est, sans a priori. Être témoin, sans jugement. Accepter de se laisser surprendre par la nouveauté, l’inattendu, l’inouï. Quel beau mot, inouï ; ce qui n’a pas été encore entendu. Se mettre à l’écoute de l’incroyable qui porte en germe l’ouverture à un autrement. L’horizon s’agrandit. Le yoga s’est cela : un regard porté sur le monde, un darshana comme le nomme la philosophie indienne.

Isabelle Morin Larbey
Extrait de la Mémoire et le Souffle

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J. Benameur - Comme on respire

Publié le par DC

Je ne cesserai pas d’écrire, de lire.

C’est ma façon d’aimer.

A l’heure où l’on nous parle partout d’assurance à prendre, de prévisions et de protection, je dis qu’aimer c’est risquer. Je dis que vivre c’est risquer. Je revendique le risque.

J’ai appris un jour que pour faire un pas, l’être humain met en déséquilibre nombre de muscles et rétablit l’équilibre en posant le pied par terre. A chaque fois. C’est au prix de la chute possible. Bien sûr. Mais c’est ainsi qu’un humain marche.

Alors je marche.

Je ne suis pas guerrière. Je ne risque pas ma peau. Je risque ce qu’il y a sous ma peau. Au plus profond de moi. Et aucun général d’armée ne m’en donne l’ordre. C’est moi qui choisis.

C’est vous qui choisissez aussi lorsque vous lisez. Celui qui lit s’aventure avec celui qui écrit. Il se risque.

 

Mes mots disent que nous sommes semblables.

Ils disent aussi que nous sommes uniques. Chacun. Chacune. Mortels. Précieux. Uniques.

Nous ferons notre histoire. Un à un.

Et même si c’est une poignée de sable jetée au-dessus de nos têtes c’est nous qui collectons chaque grain.

 

C’est notre main qui empoigne ce que de la vie il reste pour la jeter bien haut.

Et qu’étoiles et poussière se mêlent sur notre tête. Nous sommes vivants.

Et nous continuerons.

Jeanne Benameur

Comme on respire

Editions Thierry Magnier

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