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Y. Tardan Masquelier - Faire silence

Publié le par DC

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Comme le poisson appartient à l’océan et l’oiseau au ciel, le yogi est un être du silence. Silence extérieur, silence intérieur. Silence du corps, des émotions et des désirs, des mémoires et des pensées. Plénitude d’un silence heureux, qui n’a plus besoin de se dire, ayant tout accepté et pardonné. Présence au monde d’un silence ouvert qui ne se soucie plus de se protéger, étant imprenable, ancré au cœur de l’être.Le problème bien contemporain de savoir si le yoga enferme dans une bulle de bien-être à l’abri des bruits d’un monde rageur, s’il empêche de s’engager en mettant au pratiquant des « boules quies invisibles », trouve une réponse. Les courants d’air qui secouent nos jours troublés soufflent aussi sur ces espaces silencieux que la pratique nous consent : le yoga est dans la continuité de la vie, et réciproquement ; le silence est le contrepoint de la rumeur, du chant, du cri, et réciproquement …
Certes, on peut toujours se servir des techniques du yoga pour se retrancher dans un autisme d’autant plus subtil qu’il se pare des plumes de la spiritualité. Comme on pourra le constater ici, nous sommes conscients de cette impasse possible et nous avons souhaité y réfléchir en proposant d’envisager le yoga dans un tout autre esprit, dans ce que nous pourrions appeler une démarche « éthique ».
Pour employer l’expression indienne, le silence est le fruit d’un tapas - une ascèse, une discipline … Tapas canalise les énergies, non pas pour les réduire, mais pour en extraire la pleine potentialité.
C’est un travail opiniâtre, à la fois abandonné et volontaire, un ensemble d’actions cohérentes destinées à produire le  résultat intérieur escompté – bonne santé, harmonie, stabilité, sérénité.  Il s’agit bien de faire pour être transformé : faire silence, de plus en plus souvent et profondément, pour instaurer un état fondamental de silence.
La pratique du yoga conduit à faire silence pour être en silence.
Faire silence grâce à tous les exercices qui éteignent l’incessant bavardage intérieur et l’agitation corporelle.
Ce travail fait éclore un état de pure présence, de réceptivité, de vigilance lumineuse.


Ysé Tardan Masquelier
Extrait de la Revue Française de Yoga – Juillet 2007

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I. Morin Larbey - La posture debout : quelle aventure !

Publié le par DC

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L’évolution de l’espèce humaine se cristallise autour de la bipédie. Plusieurs théories s’accordent pour attribuer son origine à un changement environnemental.
Les conséquences de ce redressement se traduisent physiologiquement. La posture debout, en yoga, s’inscrit dans cette perspective historique. Mais qu'est-ce au juste que se tenir debout ? Depuis combien d'années nous sommes-nous redressés ? Quelles en ont été les conséquences physiques, psychologiques, spirituelles ? Dans ce redressement, nous nous tenons au centre même de notre évolution, témoins vivants, si j'ose dire, de cette mutation de l'espèce humaine, conscients des changements passés et à venir, inéluctables. En sachant qu'en yoga l'usage dans certaines lignées comme celle de Madras est de commencer la pratique en étant justement debout, l'envie m'est venue de faire un détour par nos ancêtres, d'aller voir du côté des spécialistes et de ce qu'ils ont à dire des différences entre le corps de l'homme préhistorique et celui de l'homme moderne. La bipédie est au centre du débat.

NOS PREMIERS PAS PRÉHISTORIQUES

Il semblerait, selon les dernières recherches, que nous ayons partagé avec les grands singes africains un dernier ancêtre commun, dont on cherche toujours la trace. Une des hypothèses les plus couramment admise fait état d'évènements climatiques et géologiques se produisant en Afrique entre huit et six millions d'années. Un fossé d'effondrement creuse le continent depuis le nord de l'Éthiopie jusqu'au lac Malawi, au sud. Cela a pour conséquence l'élévation des contreforts du Rift qui va faire barrière géographique. Le climat change, les pluies venues de l'ouest sont retenues par cette barrière, il pleut moins à l'est, des plantes herbeuses se développent et la savane s'installe. C'est la théorie d'Yves Coppens, connue sous le nom d'East Side Story. D'après lui c'est dans ce contexte que les homininés, notre lignée, émergent, alors que les paninés, sous famille de grands singes africains et groupe frère des homininés comprenant les chimpanzés, les bonobos et les gorilles, restent à l'ouest du Rift. La bipédie plus élaborée est liée à ce nouvel environnement. Elle est acquise alors pour favoriser les déplacements, voir plus loin et détecter les dangers.

L'arbre est toujours là, mais les grandes forêts ne sont plus l'habitat quotidien. La marche s'impose mais, nous le verrons, la course aussi. De proie, l'homme deviendra prédateur. Pour un autre spécialiste, Pascal Picq (paléoanthropologue maître de conférence au Collège de France) la bipédie, l'outil, la chasse sont des caractéristiques qui existent chez notre dernier ancêtre commun: « Elles apparaissent dans le monde des forêts et sont sélectionnées par la suite dans le contexte des savanes arborées. Ces aptitudes comportementales sont présentes chez des hominidés ancestraux vivant dans les forêts. L'aptitude à se redresser sur les deux jambes fait partie du répertoire locomoteur des grands singes hominoïdes depuis plus de dix millions d'années. Cette marche bipède a été sélectionnée comme une adaptation avantageuse pour la survie de l'espèce lors de ces changements d'environnement comme l'East Side Story. En fait, l'environnement ne crée rien mais sélectionne. »(…)

Les différences et les spécificités du squelette et de la musculature de l'homme moderne, l'Homo sapiens, découlent de la bipédie permanente et spécialisée qui s'est répercutée sur la forme du pied, des membres inférieurs, du bassin, du tronc et sur la position de la tête.

« La colonne vertébrale est un peu comme un ressort à ruban, explique Dominique Gommery - chargée de recherche à l'unité de dynamique et évolution humaine du CNRS - les courbures des segments cervicaux, thoraciques et lombaires rendent la colonne plus élastique et plus résistante à la compression. » C'est indispensable pour amortir les chocs quand le talon frappe le sol.

Prenons la colonne vertébrale et distinguons les caractéristiques propres à l'humain : les vertèbres lombaires sont plus nombreuses et plus larges que chez les grands singes, et leurs apophyses transverses donnent une base solide aux muscles impliqués dans la stabilisation du tronc. Les vertèbres soudées du sacrum et du coccyx sont larges et cette partie vient s'insérer sur un bassin plus trapu. D'où une ceinture pelvienne renforcée. Mais pourquoi? Voici ce qu'en dit Christine Berge, directrice de recherche au laboratoire Etudes et adaptation des systèmes ostéo-musculaires au Muséum d'histoire naturelle: « L'ennemi numéro un d'un mode de locomotion où l'on élève son centre de gravité à presque un mètre du sol, c'est la gravité. Dès lors, le but c'est d'avoir un bassin le plus ramassé possible pour limiter les mouvements cisaillant sur les articulations. Dans la course, il est l'élément clé de la stabilisation. Sa forme qui traduit l'adaptation au poids du corps, a cependant rendu plus difficile l'accouchement qui fait s'enchaîner la rotation puis la flexion du nouveau-né. En quelque sorte, nous avons acquis la spécialisation envers et contre tout. » (…)

Les australopithèques disparaissent à cause d'un assèchement de leur environnement autour de 2,5 millions d'années. Et nous voilà avec une multiplicité d'autres homininés, pour arriver au seuil de notre espèce d'homme moderne. Depuis trente mille ans, il ne reste plus qu'une seule espèce d'homme, installée sur la planète. Son adaptation est liée à sa culture et à ses moyens techniques. Homo sapiens est le dernier représentant de cette très longue histoire évolutive. Notre morphologie et notre squelette sont plus fins que ceux de nos ancêtres, et « nous sommes uniques parce que nous sommes seuls », écrit Pascal Picq.

Forts de cette remontée dans le temps et de cette visite de courtoisie à nos vieux parents, la posture debout, en yoga, prend toute sa dimension, et même une dimension singulière: repère dans le temps, dans l'espace, affirmation d'une présence au monde et d'une vigilance à l'instant.

Elle permet l'immobilité mais prépare et autorise la mise en mouvement, la mise en marche en confiance et conscience vers l'autre, l'inconnu. Le souffle est là... fil ténu parfois mais tenu.


Isabelle MORIN-LARBEY
Revue Française de Yoga - Juillet 2005

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B. Rerolle - L'appui sur les bras

Publié le par DC

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Lorsque l’on prend la posture du guetteur, tous les muscles s’unissent pour tendre le corps en appui sur les orteils au-dessus du sol : distance et contact au sol, pour trouver la respiration juste, symbolisent l’effort du yogi. L'appui sur les bras réussi est maîtrise de soi et libération.

Nous plantons nos orteils dans le sol et nos mains prennent appui de part et d'autre du buste : nous les posons à plat, un peu plus large et un peu plus bas que les épaules, au niveau des hautes côtes. Certains préfèrent les placer au niveau des épaules. Nous inspirons sans bouger et sur un expir nous repoussons le sol avec nos mains jusqu'à avoir les bras tendus de sorte à obtenir de notre dos une ligne droite et ferme des talons jusqu'à la nuque. Nous voilà face au sol, en appui sur les deux bras. Nous veillons à garder notre nuque dans le prolongement de notre dos, notre visage ne monte pas vers le ciel et ne plonge pas vers le sol.

La ceinture scapulaire " l'ego "
C'est l'effort que nous exigeons de notre ceinture scapulaire qui retient en premier notre attention. Or s'il est une région de notre corps où la tension soit habituelle, c'est bien celle-ci. Tout se passe comme si cette ceinture était sous tension jour et nuit, il est rare que nous parvenions à y retrouver une détente vraie et durable. On pourrait penser que dans ces conditions, cette région devrait être très développée, forte, capable de produire un effort puissant et prolongé. Or il n'en est malheureusement rien (sauf probablement chez quelques sportifs qui cultivent cette partie de leur musculature) nous notons au contraire une alliance de tension et de faiblesse. Et c'est le signe tangible d'une réalité psychologique fondamentale : toute tension fausse se traduit par une faiblesse. Ce qui reste indéfiniment tendu dans nos épaules, ce ne sont pas seulement nos muscles, c'est notre personne, notre système nerveux, nos angoisses. Nous disons que cette tension est " fausse " parce qu'elle n'est exigée ni par l'action à faire ni par le résultat à produire, elle ne provient que de notre anxiété, elle n'est qu'un symptôme d'une difficulté psychologique.

La ceinture abdominale le " hara "
L'effort du guetteur est tout aussi intense au niveau de la ceinture abdominale. Il ne suffit pas que les bras tendus maintiennent nos épaules et notre thorax à une certaine distance du sol, il faut encore combattre la propension de notre abdomen à s'alourdir vers le sol et à entraîner une cambrure lombaire à laquelle nous ne sommes que trop enclins. Il arrive fréquemment, il est vrai, que le souci de soulever l'abdomen conduise au contraire à soulever les fesses vers le plafond. Toute perte d'identité, tout manque de confiance en soi vident notre centre vital de sa force. Trop de gens vivent à longueur d'année avec un ventre désespérément mou et des épaules désespérément dures ! Ce n'est pas tant une question de kilos en trop dans nos viscères, c'est plutôt notre attitude intérieure vis-à-vis de nos devoirs à accomplir, de nos obstacles à franchir et de nos luttes en général. Il nous faut faire un effort pour tenir notre abdomen et décambrer nos reins et cet effort ne doit pas contrarier la justesse de notre geste respiratoire, alors que celui-ci doit trouver sa place précisément dans le centre vital. L'effort au niveau des épaules contrarie la respiration haute, l'effort au niveau de l'abdomen contrarie la respiration abdominale. La pratique permettra de découvrir qu'il est possible de maintenir une respiration juste et paisible au sein même d'un effort important de la ceinture abdominale. L'entraînement postural est nécessaire, bien sûr, mais c'est surtout l'apaisement dans la tête qui importe. Retrouver notre autonomie respiratoire au sein de notre effort, c'est éprouver cette liberté en acte. […]

Distance et union
Le yogi en appui sur les bras se donne pour tâche de se tenir à distance du sol, ni trop, ni trop peu. Et cette distance, pour être et rester juste, exige de lui un effort soutenu. Cet effort est un engagement de tout son être, il est une application dans ce cas particulier d'un cas de figure très général : les êtres et les objets avec lesquels je suis en relation doivent être tenus à la distance juste. Trop près, c'est la confusion et le manque de liberté ; trop loin, la relation se distend et se perd, je reste dans ma solitude. L'art de la relation juste, c'est l'art de la distance juste. Pour trouver la distance juste, il est absolument nécessaire de garder le contact. Les arts martiaux nous offrent d'excellents exercices pour maintenir un contact dans lequel on ne saisit pas et on n'est pas saisi. Si mes mains se refermaient sur la prise de mon partenaire, je ne pourrais plus le lâcher sans risquer de prendre un coup et par conséquent je deviendrais prisonnier de ma prise. Mais si je maintiens un contact dans lequel je ne saisis pas, je contrôle la situation tout en conservant ma liberté de mouvement. […]

 

Bernard REROLLE
Extrait de la Revue Française de Yoga - Juillet 1997

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