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M.C. Leccia - Et tu vivais dans l'impatience

Publié le par DC

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Le cheminement de la conscience vers l’Un, trame de toute la spiritualité indienne, peut prendre appui sur la pratique du hatha-yoga. La mise à distance des fluctuations du mental s’effectue alors au moyen d’un renouveau du dialogue entre le corps et l’esprit, à la faveur d’une nouvelle expérience du monde.

LE YOGA, CHEMIN D’HUMANISATION, VOIE D’AUTONOMIE
Vivre le temps présent exige l’arrêt de toutes les fluctuations mentales. C’est alors que nous pouvons percevoir une réalité qui ne soit plus voilée par l’activité psychique. Ces instants de suspension ne confrontent pas au néant. La conscience profonde, d’habitude captive des sens, alors déliée des sollicitations extérieures et intérieures, peut s’observer elle-même dans sa nature première faite de « vérité-conscience-félicité », état dans lequel ni fragmentation ni mouvement n’existent plus. C’est le retour à l’Un, à l’Unité perdue qui sera toute la quête de la spiritualité de l’Inde. Ce retour ne peut s’opérer que parce qu’il y a eu distance, dé-fusionnement, l’état fusionnel originel ne permettant pas l’expérience consciente de cette situation. L’incarnation trouve alors, sinon sa nécessité et sa justification, tout au moins une fonction : nous mettre à l’épreuve du manque pour que nous nous réorientions consciemment vers l’expérience unitive, citée aussi comme Ultime Réalité.
Nous avons vu que le yoga, uniforme dans sa vision du monde, est multiple dans sa pédagogie. Si le hatha-yoga reprend à son compte la plupart des principes et des exigences comportementales du yoga, les « stratégies » (sâdhana) qu’il utilise ne suivent pas la même chronologie. L’expérience va débuter en prenant appui sur le corps. La non-violence, ainsi que toutes les attitudes envers soi et les autres (yama et niyama) ne sont plus posées ici comme des préalables mais vont s’acquérir par la pratique. Ce commencement semble donc facile, à « portée de main », concret et familier. Et d’autant plus quand nous vivons de l’illusion que le corps appartient à l’ordre strictement privé et qu’il est le dernier rempart de notre liberté : il devient alors cuirasse et forteresse.
La « facilité » du hatha-yoga n’est qu’apparente car il n’y pas de dissociation entre le corps et l’esprit. Ils se subordonnent l’un à l’autre et sont toujours solidaires. Dans le travail postural, il n’y aura jamais de mise à l’écart de l’un au profit de l’autre. Il ne s’agit ni de se débarrasser d’un véhicule encombrant, ni de faire taire sa part intérieure, mais de modifier un mode de relation. Nous réduisons habituellement notre corps à des fonctions, voire à des automatismes qui doivent permettre la satisfaction de nos désirs et de nos besoins. Les réponses réflexes, indispensables face aux dangers et aux agressions extérieures, appliquées de façon constante et transformées en comportements, excluent les interventions mentales conscientes et placent le corps et l’être tout entier dans un état permanent de tension réduit au seul langage de la souffrance et de la violence, créant ainsi un pont du somatique vers le psychique et inversement.
La discipline corporelle (âsana) du hatha-yoga sera aussi une discipline du souffle (prânâyâma) et de l’esprit (dhârana). Le corps ne sera pas vécu comme objet de dépréciation ou d’aliénation, d’exaltation ou de jouissance. Ce qui, en situation ordinaire, est éprouvé comme frein et limite va devenir instrument d’émancipation. Ce vers quoi nous font tendre tous les exercices est l’arrêt, la suspension. Les postures immobiliseront le corps, le contrôle de la respiration immobilisera le souffle (kumbakha), la concentration mettra un terme aux constructions mentales. Cette immobilité va générer des temps, des espaces de désengagement, de retrait, de silence qui permettront d’atteindre cet état de témoin, d’observateur, en dehors duquel aucune connaissance n’est possible. Nous ne pouvons trouver notre autonomie que grâce à une mise à distance du sujet que nous sommes par rapport à l’objet de notre perception, sous peine de rester prisonnier d’une relation d’identification. Il s’agit donc d’une réorientation radicale de la perception, de la conscience et d’une reconstruction de la personnalité.

« Le monde est un texte à plusieurs significations, et l’on passe d’une signification à une autre par un travail. Un travail où le corps a toujours part, comme lorsqu’on apprend l’alphabet d’une langue étrangère : cet alphabet doit rentrer dans la main à force de tracer les lettres. En dehors de cela, tout changement dans la manière de penser est illusoire ».  Simone Weil

Marie-Christine Leccia
Extrait de la Revue Française de Yoga - Janvier 2000

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M. C. Leccia - Lâcher prise

Publié le par DC

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Le lâcher prise et l’abandon : des passages obligés
Le lâcher prise et l’abandon ne sont pas la propriété exclusive d’une voie mais de toutes celles qui visent à une transformation intérieure dont la finalité serait une saisie radicalement autre de soi, de sorte que ce qui sépare le sujet et l’objet, le je et l’Autre soit aboli. […]
Mais cette saisie ne peut se faire que par des retranchements successifs de tout ce qui encombre.  Ce n’est pas par accumulations mais bien par soustractions que se créent des conditions de disponibilité à une perception qui ne peut se manifester que grâce à un espace, un vide, qui se crée pour le recevoir. Chacune de ces voies élabore sa propre méthode pour aller soit vers l’expérience d’un vide absolu, soit d’un plein absolu. Mais aucune de ces disciplines, dans sa particularité et son originalité, ne fait l’économie du lâcher prise et de l’abandon.

[…] Avec le lâcher prise replacé dans le contexte d’une perspective libératrice, s’amorce le desserrement de nos étreintes. Le détachement survient lorsque nos mains n’ont plus rien à prendre. Et lorsque tout a été abandonné, il reste encore à s’abandonner.

S’abandonner pour être. « Etre : juste cela, sans discours superflu. Etre, sans aucun recours ni secours du côté du verbe avoir. Etre, dans l’absolu du dénuement, du non-pouvoir, du non-savoir. […] Etre : verbe à conjuguer au point de tangence du présent et de l’éternité. […] cela implique de larguer bien des amarres, à commencer par les passions qui aliènent, les peurs qui enlisent et humilient, la colère et l’esprit de vengeance, de revanche, qui usent en vain les forces dont on dispose, le mépris et l’indifférence qui ne sont que des travestissements de la paresse, de la haine enfin, qui gangrène et le cœur et l’esprit, les souille et les pétrifie au final. Etre, rien que cela, mais sans mesure ni concession. » Sylvie Germain, Etty Hillesum, éditions Pygmalion, 1999, p. 63

Revue Française de Yoga – Juillet 2006

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Roger Clerc - Le Yoga de l'Energie

Publié le par DC

C'est en 1976 que Roger Clerc fait paraître son premier livre sur le yoga : Yoga de l'Energie, un yoga pour l'Occident. C'est un véritable exposé clair et pratique, base de sa méthode, pédagogie essentielle d'un yoga occidental.
Cette technique connaît un succès croissant, sans doute parce qu'elle correspond à l'attente de nombreux Occidentaux. Ils trouvent dans sa pratique des principes essentiels, entre autres : "Rester des Occidentaux, vivant en Occident" et, "C'est ici et maintenant qu'il faut agir."
Le Yoga de l'Energie propose de faire découvrir, à travers le geste simple, dans la vie quotidienne cette qualité d'attention définie par le Dr Thérèse Brosse : "Etre attentif, tout simplement, sans choix, sans condamnation ou appréciation". Cette pratique détermine une pleine conscience de l'acte amenant peu à peu à un équilibre parfait de l'être global. Il représente une pédagogie du hatha yoga centrée sur la prise de conscience de Prana "l'énergie vitale" et de Manas "l'activité mentale".
Roger Clerc est l'auteur de quinze ouvrages où il décrit minutieusement sa méthode, en partant toujours des bases pour arriver aux degrés les plus subtils de son enseignement. Il a quitté ce monde le 3 avril 1998.
Son enseignement se caractérisait par une précision scrupuleuse, alliée à une bonhomie et un humour irrésistibles. Il accentuait son accent des faubourgs pour évoquer les concepts les plus profonds du yoga, et mettait toujours en garde ses étudiants contre l'esprit de sérieux. Il était entouré de l'affection des participants à ses cours qui appréciaient son approche chaleureuse.

Caractéristiques Yoga de l'Energie :
Extrait du Manuel de Yoga 1 de Roger Clerc, Ed. Le Courrier du Livre 1984, pp.14-16

Le Yoga de l'Energie se différencie des yogas habituellement pratiqués par certains détails techniques très particuliers. En voici quelques-uns :
  1. Mise en évidence de la relation geste-respiration.
    Il s'agit de réaliser le contrôle d'un geste précis et prendre conscience, dans le même temps, de la localisation respiratoire qui en résulte.
    La volonté intervient uniquement pour l'exécution du geste et pour porter l'attention sur son effet. Dès le départ l'important c'est de "sensationner" en étant réceptif, conscient, vigilant ; que les sens en éveil nous renseignent. Au contraire, habituellement c'est la volonté qui joue un rôle dominant et qui dirige la respiration. Nous demandons donc d'être passif, mais réceptif et attentif, plutôt qu'actif et volontaire.
    C'est d'emblée faire prévaloir le plan des sensations sur celui de l'intellect. Ce détail est d'une importance capitale. Son observation dans la pratique des mouvements va permettre d'obtenir rapidement une plus grande maîtrise et la sensibilité aux courants d'énergie.
  2. Rôle important du "regard intérieur".
    Il nous faut définir avec soin ce regard intérieur. L'entraînement consiste, au départ, à éviter d'intéresser les globes oculaires, les muscles et les nerfs optiques. Autrement dit, l'exercice se situe le moins possible sur le plan physique, mais principalement sur le plan où intervient la pensée. Pour diriger ce regard intérieur vers le haut, il faut "penser" au haut (par exemple au haut du front) "sentir" le haut du front, et ainsi ce regard se trouve dirigé dans le même sens. Les yeux se trouveront entraînés eux-mêmes dans cette direction, mais par relation, et par conséquent complètement "relaxés" ; il n'est même pas utile d'en prendre conscience.
    Voilà déterminé un outil essentiel dans la pratique du Yoga de l'Energie.
    Il faut maintenant réaliser par des exercices progressifs que l'on peut déplacer vers le haut, puis vers le bas, et vice versa :
    a) notre pensée ;
    b) notre pensée et le regard intérieur suivant ce mouvement;
    c) notre pensée, ainsi que nos sens (autrement dit notre conscience) avec le regard intérieur;
    d) inspirer dans le mouvement ascendant et expirer dans le mouvement descendant;
    e) lorsque le tout est bien synchronisé, que l'exécution est devenue facile, prendre conscience que cette pensée se déplace en véhiculant l'énergie. En faire l'expérience immédiate en dirigeant le tout (c'est-à-dire la pensée, plus les sens, plus le regard intérieur), successivement sur chaque jambe, puis sur chaque bras, puis sur les deux jambes, puis sur les deux bras, enfin simultanément sur les bras et sur les jambes.
    L'inspiration se fait le regard en haut, l'expiration en le dirigeant vers le bas. Ressentir les effets de l'énergie, "prânâ", lors de l'expiration au fur et à mesure que le regard, la pensée et les sens s'abaissent. Lorsque cette technique est bien mise au point et assimilée, elle est utilisée successivement sur le corps de chair, sur les muscles, sur le squelette, sur les organes. Puis sur les vaisseaux subtils dans le corps de l'énergie. Enfin, plus "affinée", sur le corps du Mental. C'est l'accession à ce mental, plan de la pensée, et la possibilité de diriger et de maîtriser cette dernière.
  3. Développement de la sensibilité.
    Parallèlement à l'utilisation de nos sens et de notre attention, le développement de sens subtils se réalise. C'est un point capital dans le Yoga de l'Energie. Ces sens subtils permettent de saisir et d'apprécier les diverses ambiances vibratoires qui nous révèlent notre état d'être. C'est grâce à cette faculté que nous pourrons prétendre à une maîtrise sur les différents plans qui nous constituent.

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