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A. Jollien - La joie n'est pas la joie

Publié le par DC

A. Jollien - La joie n'est pas la joieA. Jollien - La joie n'est pas la joieA. Jollien - La joie n'est pas la joie

La joie n’est pas la joie, c’est pourquoi je l’appelle la joie

Le texte qui suit procède de la retranscription d’une conférence dont l’oralité a été conservée.

La joie est intimement liée au détachement et à la rencontre. Je crois que dans la joie, il y a la paix de cœur et dans le même temps le détachement. Il y aussi la rencontre …

Etre vrai dans le détachement
On cherche toujours des maîtres spirituels mais dans mon cas, le plus grand maître dans ma vie, le plus grand maître spirituel, c’est le handicap qui ne me laisse aucun répit … Et le corps, j’allais dire, plus que le handicap !
Le plus grand malentendu, c’est qu’on recherche la joie à l’extérieur de soi-même, à l’extérieur de la blessure, à l’extérieur de ses complexes mais si la joie existe, elle est peut-être au fond de la blessure. Le malentendu c’est donc d’essayer de guérir à tout prix la blessure pour trouver la joie alors que celle-ci, peut-être, est déjà donnée au fond du fond comme disait maître Eckhart.
Souvent, ce qui contrarie la joie, à mon sens, c’est qu’on a peur de perdre les choses. Je crois que c’est la joie qui mène au détachement et non pas le détachement qui mène à la joie. Ou plutôt, c’est un cercle vertueux : plus on est dans la joie, plus on est dans le détachement. Autrement dit, le détachement ne s’obtient pas, à mes yeux, par la privation. Peut-être au contraire, la privation accroît-elle le manque et nous rend-elle plus avide encore.
La joie est une nudité spirituelle quand on ne joue plus aucun rôle, quand on n’est plus influencé par le regard de l’autre, lorsqu’on est purement en vérité, comme on est. Et au contraire, ce n’est pas du mépris ni de l’indifférence. Le détachement n’est jamais de l‘ordre de l’indifférence. Le détachement, c’est être totalement dans la réalité.

Etre au présent dans l’abandon
Il  s’agit de tout mettre en œuvre pour éviter la souffrance que l’on peut éviter. Cependant, il y a des souffrances qui demeurent et, dans ce cas précis, l’attitude que je crois la plus juste, c’est l’abandon. Se détacher du détachement ! C’est-à-dire être dans un complet abandon. Paradoxalement, l’abandon c’est le contraire de la résignation. L’abandon, ce n’est pas la résignation, ce n’est pas la passivité au sens de subir. C’est au contraire, être totalement dans le présent, lorsqu’on se laisse traverser par la vie et qu’on est mû par elle.
Un premier élément pour la joie, c’est cet abandon. Dans l’abandon, il n’y a rien à faire. Il y a juste à laisser la réalité être comme elle est.

Etre dans son corps
Un sage indien, Swâmi Prâjnanpad, disait : « Aimer quelqu’un, c’est aider à le relâcher ». J’aime bien cette idée : aimer quelqu’un, c’est finalement aider à le détendre.

Alexandre Jollien
Revue Française de Yoga – Janvier 2013

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N. Merlette - Vous me parliez d'éveil ?

Publié le par DC

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TOUT COMMENCE  par le corps et dans le corps.

Il n’y a pas d’autre chemin.
Tout commence par la détente, précieuse, pour câliner le corps, pour le ressentir. La détente, pour plus de conscience du corps, pour mieux observer et voir.
Voir, ressentir, percevoir, sentir la vie en nous.

 

Vous me parliez d’éveil ?
 

Vous me parlez de l’esprit, ne l’opposez pas à la matière.

Vous me parlez du spirituel, ne l’opposez pas au sensoriel.

Vous me parlez de l’intérieur, ne l’opposez pas à l’extérieur.

Écoutons le corps profondément, attentivement. La vie est sensorielle, sans notre corps, on est rien ; avec lui, nous pouvons être tout.

Le corps sacré, total, entier (cerveau, tripes, imagination, humeurs, paroles, digestion, rêves, douleurs etc.).

Le tout qui forme l’un, le tout important, le tout possible à observer, le tout qui se cache, le tout dont on s’évade, le tout qui crie, le tout qui ne cède pas. Le tout dans le corps. Le corps messager et support du tout.

Le corps à respecter, à honorer comme écrin du tout.

Tout commence par le corps. Il n’y a pas d’autre chemin.

Que les sens deviennent conscience aiguë : voir, sentir, goûter, écouter, toucher.

Que toute la sensorialité devienne conscience : ressentir le corps, les mouvements, les pensées, les désirs, les émotions, le souffle.

Tout commence par le corps, où s’écoule la vie.

Seule une connaissance sensorielle peut nous ouvrir la porte du subtil.

Seule l’acuité sensorielle dans tous les instants de la vie peut nous ouvrir la porte du bonheur. On ne peut comprendre sans sentir, entendre, goûter, voir, toucher.

Seul compte ce que vous avez vous-même pu ressentir, vous-même vu.

Percevoir avec la peau, l’œil, la langue, le nez, les oreilles, c’est se connecter avec les choses, c’est communiquer.

Recevoir les odeurs, le goût, la forme, le toucher, les sons, c’est nous relier à l’univers.

La sensorialité seule nous suggère l’invisible, nous sommes une part du tout.

Alors, donnons-nous à la détente et pas à pas, apprenons à toucher la vie.

 

Vous me parliez d’éveil ?
 

Tout commence par le corps.

 

Nadine Merlette
Revue Yoga Energie – Janvier 2000

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Y. Tardan Masquelier - Le geste sacré

Publié le par DC

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Si les postures représentent le plus visible, le plus tangible, du travail corporel, elles n'ont de raison d'être qu'en fonction d'effets puissants, parce qu'ils mettent en jeu des énergies, dont le corps est le siège, mais qui le dépassent très largement.Les maîtres indiens ont toujours été attentifs à ces effets, dont ils reconnaissaient sans réticences la réalité. Car ils n'étaient pas, comme nous, partagés entre deux conceptions du corps : l'une, scientifique, qui assigne aux organes des fonctions précises et limitées ; l'autre, subjective, qui perçoit obscurément que « être incarné » a une signification plus large. Pour nous, il y a souvent conflit entre les deux, et reconnaître la présence, au plus profond de notre chair et de notre ossature, d'un niveau vital qui n'est accessible ni au scalpel ni aux méthodes les plus sophistiquées d'observation, ne nous est pas aisé.

Ce niveau vital, l'Inde l'appelle sûkshma sharîra, « le corps subtil », et elle le conçoit comme la réserve d’organisation du corps dense, qui en dépend pour sa santé et son équilibre. Mais cette dépendance n'est pas totale, dans la mesure où il est possible d'exercer une influence sur ce plan profond. Les fondateurs du yoga ont estimé que la respiration, les gestes ou positions des mains, les vibrations sonores introduisaient à un espace intérieur fait de « souffles », de flux, de courants aux orientations diverses, qu'il fallait à la fois suivre dans une certaine forme de lâcher prise, et discipliner pour accéder à une expérience plus consciente et plus vaste de soi-même et du monde.

Une expérience plus consciente : les « énergies » sont de même nature que les émotions ou les pensées. Y toucher, c'est rencontrer l'interface du corps et de la psyché, là où ils se joignent comme l'avers et le revers d'une unique réalité. « Le souffle, c'est la conscience, et la conscience, c'est le souffle » dit la Kaushitaki Upanishad (III, 3). Une expérience plus vaste : l'espace intérieur n'est pas clos sur lui-même, et le corps indien n'a rien à voir avec les poupées russes auxquelles on le compare parfois. Si le plan subtil doit être cherché à l'intérieur, il débouche en fait sur autre chose à travers le vide (âkâsha) qu'il ménage, le « trou » (kha) qui perce tout être et le relie au cosmique.

Je vois là une étonnante conception du corps, très ancienne, puisque déjà aux VIIIème ou VIIème siècles avant notre ère, la Chândogya Upanishad proclamait : « Aussi vaste que l'espace qu'embrasse notre regard est cet espace à l'intérieur du cœur (…) le ciel et la terre y sont réunis, le feu et l'air, le soleil et la lune, l'éclair et les constellations » (VIII, 1, 3) ».

En raison de la rencontre, au plus obscur du corps, avec la dimension cosmique, elle-même œuvre du divin, le yoga se différencie d'avec une gymnastique de bien-être – à quoi la modernité le réduit souvent – ou d'avec une ambition fakirique – qui a été la grande tentation de certains ascètes indiens. Si le yoga constitue une voie de libération, s'il est « spirituel », c'est bien parce qu'il travaille avec ce subtil qui jouxte le divin.

 

Ysé Tardan Masquelier

Extrait de la Revue Française de Yoga – Juillet 2004

 

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